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  • il y a 8 minutes
Luc Arrondel, chercheur au CNRS spécialisé dans l'économie du football, analyse l'impact économique de cette Coupe du monde 2026. Il revient aussi sur les polémiques autour des prix des billets appliqués dans cette compétition. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-6h20/l-invite-de-6h20-du-mercredi-10-juin-2026-8379319

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Transcription
00:00Nous sommes à la veille de l'ouverture du mondial de football et ce matin, on va faire rimer ballon
00:04avec pognon.
00:05Ce sport brasse des milliards, c'est logique, c'est le sport le plus populaire au monde,
00:09mais ce mondial organisé en Amérique du Nord, le sera-t-il réellement populaire ?
00:14Il semble en tout cas difficilement accessible au commun des mortels.
00:17Le foot business est le titre de votre livre, Luc Arondel. Bonjour.
00:21Bonjour.
00:22Vous êtes chercheur au CNRS, professeur à l'école d'économie de Paris.
00:26La FIFA cash machine, c'est plus vrai que jamais avec ce mondial ?
00:30C'est sans doute une vision un petit peu déformée qu'on a effectivement de la FIFA.
00:34Parce qu'il faut vraiment relativiser un petit peu tous les revenus qui sont générés par la FIFA
00:41par rapport à la popularité du foot, l'enthousiasme que ça suscite, etc.
00:46Si on regarde un petit peu le budget, au Qatar, la Coupe du Monde a généré à peu près 6
00:53milliards de dollars.
00:56Il y a à peu près 1,5 milliard de supporters qui ont regardé la finale.
01:02Donc si vous mettez en rapport ces deux chiffres, ça veut dire que finalement,
01:07chaque supporter a mis 4 euros pour regarder la finale.
01:10Donc par rapport à toute la popularité que suscite le football, finalement, c'est assez peu d'argent.
01:14Et notamment, si on regarde aux Etats-Unis, par exemple, la NFL génère à peu près 20 milliards de dollars
01:22par an.
01:23Donc effectivement, il faut vraiment relativiser tous ces chiffres.
01:26Mais est-ce qu'on peut encore parler de sport populaire quand on voit le prix des billets ?
01:30Ils sont franchement très souvent autour de 1 000 euros la place.
01:33Il y en a un, je ne vais en citer qu'un, mais il y a une place pour le
01:35match Norvège-France qui s'est vendue à 5 767 euros.
01:39C'est toujours aussi cher, les places des Coupes du Monde ?
01:42Non, ça c'est vraiment le problème de la compétition de cette année.
01:47Puisque si on regarde dans les prévisions de la FIFA, la billetterie au Qatar, ça représentait à peu près 1
01:52milliard, on va dire.
01:54Et là, ça va être multiplié par 3.
01:56Donc effectivement, il y a un problème de prix.
01:59Parce qu'effectivement, il y a plusieurs éléments.
02:02Un, il y aura plus de matchs.
02:04Oui, c'est la première fois qu'il y a un mondial avec 48 équipes.
02:06Donc forcément, plus de matchs.
02:07C'est 104 matchs, donc il y aura plus de matchs.
02:10Les stades sont aussi plus grands, puisque c'est les stades de football américain.
02:15Et puis, il y a aussi, c'est-à-dire qu'on a appliqué à cette compétition, on va dire,
02:20les lois du marché américain.
02:22C'est-à-dire que si vous regardez comment fonctionne l'économie du soccer aux Etats-Unis, c'est vraiment
02:28basé essentiellement sur la billetterie.
02:32Enfin, c'est ce qu'on appelle les recettes des jours de match.
02:33Avec une tarification dynamique.
02:35Avec des plateformes de revente.
02:37Avec aussi une exploitation commerciale des stades qui est sans commune mesure avec celle qu'on peut observer en Europe.
02:44Et puis aussi avec, par exemple, une exploitation des parkings, etc.
02:49Donc finalement, on a appliqué un petit peu ces lois du marché.
02:54Et c'est vrai que c'est la première fois pour une Coupe du Monde que la revente est légale.
02:56Il y a des plateformes officielles.
02:58Et d'ailleurs, la FIFA prélève 15% vendeurs et 15% à l'acheteur.
03:01Le problème, c'est qu'on est à la veille du coup d'envoi.
03:03Il y a encore des billets disponibles.
03:04Il y en a vraiment beaucoup.
03:05Tout n'a pas été vendu.
03:07Ça veut dire que le Mondial, c'est devenu un produit premium aujourd'hui ?
03:10Là, c'est vrai qu'on applique vraiment la loi de l'offre d'allemande.
03:14C'est-à-dire qu'à partir du moment où il y a un pricing dynamique sur des plateformes de
03:17revente,
03:17effectivement, les prix peuvent évoluer en fonction de l'offre et de la demande.
03:20Donc c'est vrai que par rapport à certains matchs,
03:24il y aura forcément beaucoup moins de demandes que pour d'autres matchs.
03:26Donc il va y avoir un grand écart sur les prix des différents matchs.
03:31Alors c'est beaucoup d'investissements, des milliards évidemment pour les pays qui l'organisent.
03:35Trois cette année, Etats-Unis, Mexique, Canada.
03:37Est-ce que c'est rentable pour les pays hautes ?
03:38Ça, c'est pas rentable économiquement.
03:41C'est-à-dire que là, on a suffisamment de recul pour étudier l'impact économique des grands événements sportifs.
03:47Que ce soit les Jeux Olympiques ou la Coupe du Monde, il y a assez peu d'impact sur les
03:51économies.
03:52Si on regarde par exemple aux Etats-Unis en 1994,
03:55déjà les Etats-Unis qui organisaient la Coupe du Monde de 1994,
03:58on s'attendait à avoir un impact économique positif,
04:01alors que finalement, ils ont plutôt fait des pertes économiques sur l'événement.
04:07En France, par exemple, l'euro 2016, il a rapporté à peu près 1,5 milliard à l'économie.
04:12Il a eu un impact économique, donc vous voyez, rapporter au PIB, c'est très très peu.
04:16Et il n'y a pas de différence entre les trois pays ?
04:18Ce n'est pas plus intéressant pour le Mexique et le Canada,
04:20qui ont peut-être dépensé un petit peu moins parce qu'ils vont accueillir moins de matchs ?
04:24Oui, mais justement, s'ils accueillent moins de matchs, il y aura moins d'impact.
04:26Il y a aussi moins de retombées.
04:28Alors, c'est la troisième Coupe du Monde pour Gianni Infantino en tant que président de la FIFA.
04:32Est-ce que les choses ont beaucoup changé en dix ans sous son règne ?
04:35Parce que la FIFA, c'est quand même la plus grosse fédée au monde, la plus riche aussi.
04:38Est-ce que le côté business s'est accentué ?
04:42Disons qu'on ne peut pas reprocher à la FIFA de vouloir augmenter ses revenus,
04:46puisque je vous rappelle, c'est une association qui a été fondée en 1908
04:50pour gérer et développer le football dans le monde.
04:52Donc quelque part, c'est tout à fait logique.
04:54Est-ce qu'elle gagne, elle le réinvestit normalement sur le terrain ?
04:56Elle le redistribue.
04:56C'est-à-dire que par exemple, on raisonne en quadriennale,
05:01mais sur le quadriennale 2023-2026,
05:05il y a un programme de développement du football qui s'appelle FIFA Forward.
05:10Et donc, ils vont redistribuer 2,5 milliards de dollars
05:14pour développer le football dans le monde, donner aux confédérations,
05:17développer le football féminin, développer les infrastructures.
05:19Donc quelque part, la philosophie originelle de la FIFA,
05:22c'est quand même de développer le football dans le monde.
05:24Donc après, on peut critiquer, on peut s'interroger sur la gouvernance de ce football.
05:29Et puis finalement, c'est vrai, on peut faire de l'argent tant qu'on respecte le football.
05:34Et je vais citer aussi Michel Platini qui dit de lui qu'il aime les riches et les puissants.
05:38Ceux qui ont de l'argent, c'est dans sa nature, dit-il.
05:41Voilà, c'est surtout ça qu'il faut avoir en tête,
05:44c'est de garder quand même, respecter le football.
05:47Merci Lucas Rondel, chercheur au CNRS, professeur à l'école d'économie de Paris.
05:51Et je vais donner le titre de votre livre,
05:53« Food Business, les 30 glorieuses » paru chez Odile Jacob.
05:56Ce mondial de foot, c'est donc à partir de demain et jusqu'au 19 juillet.
06:00Merci.
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