00:00France Inter, le 6-9.
00:03L'heure de votre chronique signée Anne Rosencher. Bonjour Anne.
00:06Bonjour Marion, bonjour à tous.
00:08Vous revenez sur un épisode de répression survenue cette semaine en Afghanistan.
00:12Ce mardi à Erat, une ville à l'ouest de l'Afghanistan,
00:16les talibans ont fait tirer à balles réelles sur une petite foule de femmes et d'hommes
00:21descendus dans la rue au cri de éducation, travail, liberté.
00:27Aucun bilan n'est connu, ni des morts ni des blessés.
00:30On sait seulement que parmi ces derniers, beaucoup ont préféré fuir plutôt que d'être pris.
00:35La raison de ce rassemblement dans le quartier de Jebrail, 80 000 habitants,
00:40était que quelques jours avant, entre le 5 et le 7 juin,
00:44plusieurs dizaines de femmes y avaient été arrêtées,
00:47emmenées par la police des mœurs, rattachées au ministère de la répression du vice
00:52et de la promotion de la vertu.
00:54Elles avaient été arrêtées, ces femmes, pour non-respect du code vestimentaire.
00:58Plutôt que la burqa intégrale prescrite par cette lecture fanatique de l'islam,
01:04certaines portaient le voile accompagné d'un masque FFP2
01:08qui pourtant cache une bonne moitié du visage.
01:11Mais même la moitié, ce n'est pas assez.
01:13Il faut traquer jusqu'au moindre cil, jusqu'au moindre éclat d'iris,
01:18jusqu'au moindre bout de front ou d'affront.
01:21L'Afghanistan est un pays où les femmes n'ont plus le droit de rien,
01:24ni d'étudier, ni de travailler, ni de faire entendre le son de leur voix,
01:28ni d'être vues chez elles depuis l'extérieur.
01:33C'est un enténèbrement.
01:35Des femmes, mais aussi des filles, un récent décret
01:38ayant autorisé de facto le mariage de ces dernières avant la puberté.
01:44Ce que démontre la répression de mardi dernier, cependant,
01:46c'est qu'il existe désormais des poches de résistance.
01:50Le quartier de Djebraï, l'ai j'appris,
01:52est historiquement peu favorable aux islamistes
01:55et clandestinement, une contre-vie s'y organise,
01:59faite d'écoles cachées, de soins dispensés
02:01ou de musiques discrètes lors de célébrations secrètes.
02:05Et Anne, quelles sont les perspectives ?
02:07Elles sont sombres.
02:08Depuis que les talibans ont repris le pouvoir en 2021,
02:11les femmes ont été emmurées et le pays s'effondre.
02:14Je l'ai déjà dit ici, une nation qui maltraite ces femmes
02:17court au désastre.
02:19Ce n'est pas un slogan, c'est un fait documenté.
02:22Aucune nation qui maltraite ces femmes
02:24ne s'en sort politiquement ni économiquement.
02:27Le régime taliban ne prive pas seulement le pays
02:30de la moitié de l'humanité, de la moitié de ses richesses,
02:33mais il produit le chaos de la misère affective et sexuelle,
02:37l'agressivité d'une frustration systémique
02:40et l'étouffement de toute joie.
02:42Le régime des talibans est un mort à crédit
02:45dont on démantèlera un jour les pick-up de l'effroi.
02:49Quand ?
02:50Le niveau inouï de la répression qui sévit
02:52laisse peu d'espoir pour le court terme.
02:54En attendant, parlons autant que nous pouvons
02:57de ces poches de résistance,
02:59car on sait que le courage est contagieux
03:01et donc qu'il doit être dit partout
03:04pour qu'il soit su et répété
03:06et que l'information revienne au pays
03:08par des canaux de fortune.
03:10Parlons autant que possible de ces flammes,
03:13même fébriles de la liberté
03:15et de ce qu'il en coûte
03:17à ceux qui ont le courage de les allumer.
03:20Merci Anne Rosenchère,
03:22directrice déléguée de la rédaction du journal L'Express.
03:25Sous-titrage Société Radio-Canada