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  • il y a 2 jours
Cheikh Kébé, styliste, fondateur et directeur artistique de Maison Kébé.

Retrouvez « Nouvelles têtes » présenté par Daphné Bürki France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/nouvelles-tetes

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Transcription
00:00La grande matinale sur France Inter
00:04Retour de Daphné Burki, retour des nouvelles têtes
00:07Ben oui, et ma nouvelle tête s'appelle Cher Kébé
00:10Il est styliste, créateur de sa propre maison de mode, la maison Kébé et mannequin
00:15Il a grandi entre Paris et Dakar, entre deux villes, entre deux cultures, entre deux façons de voir le monde
00:19Et longtemps, il a cru qu'il fallait choisir
00:22Aujourd'hui, je crois qu'il est convaincu que sa créativité est née précisément de cet entre-deux
00:27Il est fils d'un maître tailleur et d'une mère dont l'élégance est devenue sa première école de
00:31mode
00:31Il grandit entouré de tissus, de coupes impeccables et d'histoires de transmission
00:36Aujourd'hui, maison Kébé fait entrer les savoir-faire sénégalais dans le monde du luxe
00:40Alors bonjour cher Kébé, bienvenue sur France Inter
00:42Bonjour Daphné, merci beaucoup, merci de m'avoir
00:44Merci à vous, vous allez nous raconter un peu votre histoire
00:47Et une partie de votre histoire a démarré il y a quelques jours
00:50Ayana Kamoura jouait trois soirs de suite au Stade de France
00:54Un événement historique puisqu'elle est devenue la première artiste féminine francophone à s'y produire
01:00Trois soirs consécutifs, près de 220 000 spectateurs ont assisté à ces concerts
01:05Et vous en faisiez partie
01:07C'est parti
01:08Allé
01:37Sous-titrage MFP.
02:03Sous-titrage MFP.
02:09Comment ça s'est passé cette collaboration de haute intensité ?
02:12Tout à fait, c'est vous.
02:16Du coup, beaucoup d'émotion en entendant déjà cette chanson qui m'a vraiment beaucoup touchée sur le moment.
02:21Et comment ça s'est passé ?
02:23C'était assez touchant pour moi parce que cette notion déjà de famille, de transmission est très très importante pour
02:30moi.
02:30Et le fait de pouvoir habiller non seulement Aya que j'écoute et que j'adore.
02:34Que vous appelez la reine mère ?
02:36Sa mère, c'est la reine mère et elle, c'est la reine de France.
02:38Ah, voilà !
02:39Voilà, du coup, ce qui a fait que pour moi, c'était vraiment un honneur, non seulement pour moi en
02:46tant que personne,
02:47mais aussi pour la marque et pour la communauté afro-diasporique francophone.
02:50Parce que ça a pu nous montrer aussi qu'on arrive à travailler ensemble et pouvoir utiliser nos plateformes
02:58pour pouvoir donner quelque chose d'assez intéressant au niveau du public.
03:04Et ce design, pour moi, c'était l'objectif avec l'équipe d'Aya, c'était de créer quelque chose
03:10de...
03:10Pourquoi le blanc ? C'était pour la pureté.
03:12Et les broderies en général en Afrique de l'Ouest, c'est quelque chose d'assez présent dans nos tenues
03:16traditionnelles.
03:17Mais c'était comment casser ces codes-là ?
03:19Parce que pour moi, mes façons de créer, c'est de trouver des pièces traditionnelles,
03:24ou en tout cas nos techniques traditionnelles, et les déconstruire en des pièces cosmopolites
03:28où tout le monde pourrait porter.
03:30Là, vous en parlez très tranquillement, mais vous n'avez pas dormi pendant plusieurs jours.
03:33Vous avez fait un petit malaise.
03:34Non, c'était pas si tranquille.
03:35Il y a eu un petit malaise pour la Reine-Mère et la Reine de France quand même.
03:37Exactement.
03:38Au final, ça s'est passé.
03:39Et l'image est absolument sublime et historique.
03:42Mais retournons un peu dans votre enfance quand même.
03:44Parce que cette musique, elle l'illustre bien, je crois.
03:49Votre enfance, orchestra Baobab.
03:51Il y a un souvenir qui remonte directement ?
03:53Directeur.
03:53C'est quel souvenir ?
03:55Moi, dans un taxi à Dakar.
03:56C'est tout le temps dans les taxis.
03:58Jusqu'à aujourd'hui, je pense qu'on l'entend encore dans les taxis.
04:01Vous êtes le fils d'un maître tailleur.
04:03Vos parents se sont rencontrés ou se seraient rencontrés.
04:05Je ne sais pas si c'est une légende lors d'un essayage.
04:08C'est quand même le début d'un roman.
04:09C'est vrai cette histoire ?
04:10Oui, en effet, ils se sont rencontrés ici à Paris.
04:12Mon père avait son atelier de couture qui venait de commencer après avoir quitté Saint-Laurent.
04:18Ma mère travaillait à la Bourse de Paris.
04:20À l'époque, elle cherchait des tenues du tailoring parce que c'est ce que mon père fait.
04:24Elle voulait des tenues.
04:25Elle est partie.
04:26On lui a parlé de ce fameux tailleur qui fait des prouesses et qui est sénégalais.
04:30C'est beaucoup moins cher que forcément d'aller le faire ailleurs.
04:33Elle est venue le faire là.
04:35Ça a été le coup de foudre.
04:36Ça a été le coup de foudre directement.
04:37C'est beau cette création.
04:39En tout cas, vous vouliez devenir à la base architecte.
04:41Sauf que ça ne s'est pas du tout passé comme ça.
04:44Vous avez fait une première année, une deuxième année.
04:46Et finalement, à travers une visite aussi d'un musée de la mode qui s'appelle le Palais Galira.
04:52Si jamais vous passez un jour par Paris, vous avez vu des vêtements.
04:55Et là, ça a été un coup de foudre de dingue.
04:57Mais au même moment, on vous a repéré dans la rue pour être mannequin.
05:00Donc, le milieu de la mode est venu vous retrouver.
05:02Finalement, c'était une semaine assez intense, je dirais, cette période-là.
05:06Mais j'ai l'impression que c'est un petit peu ma vie.
05:08J'ai l'impression que tous bousculent au même moment.
05:11Mais c'est un petit peu des signes parce que ça m'a un petit peu rassuré
05:14parce que j'ai quitté l'architecture dont j'en ai parlé toute mon enfance, toute ma vie.
05:18Et c'était quand même un choix assez difficile parce que je ne savais pas dans quelle direction je partais
05:23si ça allait vraiment fonctionner.
05:25Mais j'ai eu la chance de pouvoir avoir, déjà, de voir cette exposition qui m'a bouleversée
05:32et qui m'a donné envie de créer ma marque.
05:34Mais en même temps, dans la même semaine, aller à Saint-Pierre pour aller faire des achats de merceries
05:39et tomber sur un directeur de casting pour du mannequinat.
05:42Je me suis dit, mais la mode me veut.
05:44Dans ce cas-là, c'est quoi ? C'est toc toc ?
05:45Vous avez des yeux magnifiques, une silhouette incroyable.
05:47Vous n'alliez pas monter sur un podium ?
05:49Comment ça se passe ?
05:50C'est un petit peu comme ça.
05:50En vrai, c'est assez perturbant parce qu'on se dit, mais c'est une approche assez surprenante.
05:55On ne sait jamais vraiment à quoi on a affaire.
05:58Mais ce n'était pas vraiment la première fois que quelqu'un me demande
06:02est-ce que je suis mannequin ou est-ce que je voudrais.
06:04Mais les fois d'avant, je ne sais pas, je n'étais pas forcément intéressé.
06:07Mais cette fois-ci, je ne sais pas.
06:08C'est comme si c'était le calling et c'était le moment et je l'ai fait.
06:11Le fameux appel.
06:13Et vous défilez aujourd'hui pour toutes les maisons.
06:15La mode, elle est toujours dans un coin.
06:17Alors, j'ai quand même réfléchi.
06:18Il y a un souvenir d'enfance.
06:20Un autre souvenir d'enfance qui a peut-être guidé votre envie de créer des vêtements.
06:24Et ce souvenir, il se trouve que c'est aussi votre premier crush.
06:26C'est elle, Cruella.
06:31Elle est stylée.
06:33Franchement.
06:46Vous vous souvenez ?
06:48Des cheveux noirs et blancs, ses manteaux démesurés.
06:51Elle avait les gants jusqu'aux coudes.
06:53À chaque fois qu'elle rentre dans une pièce dans ce film, c'est magistral.
06:56C'est de la pure mode, Cruella.
06:58Exactement.
06:59Et c'est de la mode, c'est du théâtre, c'est théâtral et c'est tout ce que j
07:01'aime en fait.
07:02Elle rentre dans une pièce, comme tu le dis, et on sent sa présence et cette aura.
07:06Et au-delà du personnage et sa personnalité, si on reste dans l'aspect esthétique, en tout cas, voilà, la
07:12morale, on n'est pas forcément d'accord.
07:14Mais en tout cas, l'esthétique, elle est iconique.
07:17Alors vous avez finalement créé cette maison, elle s'appelle Maison Kébé et vous voulez faire entrer ce savoir-faire
07:22sénégalais dans le monde du luxe.
07:23Ce qui n'est pas si évident.
07:24Quand vous regardez une pièce terminée, quel est le détail ?
07:27Un détail où vous dites, ça, ça a été fabriqué au Sénégal.
07:30Ça, ça vient de là-bas.
07:33En vrai, pour moi, c'est justement là qui est l'enjeu de mon travail.
07:36C'est réellement comment allier ma double culture, on va dire, en ayant grandi entre Dakar et Paris.
07:43C'est important pour moi aussi de pouvoir définir cette identité culturelle à travers le vêtement.
07:49Donc, quels détails ?
07:51Ça dépend vraiment de la pièce.
07:52En fait, j'essaye de doser.
07:54Pour moi, c'est une question de dosage entre à quel point il y aura le côté sénégalais et la
07:59culture qui va être présente.
08:00Et l'autre côté, comment je peux le créer d'une manière où une personne qui ne connaît pas la
08:05culture sénégalaise et qui n'est pas forcément sénégalaise peut s'identifier d'une manière ou d'une autre.
08:11Alors, vous êtes née à Dakar, mais vous avez grandi, je disais, entre Dakar et Paris.
08:15Et aujourd'hui, c'est assez intéressant, vous vous encouragez, les Sénégalais de la diaspora, à regarder de nouveau vers
08:21le Sénégal.
08:21C'est-à-dire, comme vous vous êtes parti et vous dites, vous pouvez aussi revenir.
08:25Oui, totalement.
08:26Il faut créer sur place.
08:26Il faut créer sur place parce que, justement, l'Afrique a beaucoup de potentiel.
08:31Et aujourd'hui, je pense que ce potentiel-là, pour pouvoir le développer, c'est aussi nous, les personnes de
08:35la diaspora.
08:36On ne réalise pas le pouvoir et les capacités que nous avons et les chances que nous avons parce qu
08:41'aujourd'hui, nous avons la chance de pouvoir rencontrer, découvrir.
08:46C'est un peu le melting pot, surtout moi qui ai grandi à Paris.
08:48Du coup, c'est aussi important pour nous et je pense que c'est notre mission de pouvoir aussi contribuer
08:55dans notre pays et de pouvoir apporter ces choses qu'on a pu apprendre à l'étranger
09:00et amener cette plus-value-là directement, localement.
09:05On entend l'une de vos sources d'inspiration, l'une de vos références, Yosundour.
09:09Il y a aussi Saint-Laurent, vous avez cité.
09:11Mais il y a votre mère.
09:13Oui.
09:13Ah !
09:14Au-dessus de tout.
09:15Au-dessus de tout.
09:15Qu'est-ce qu'elle vous a transmis qu'aucune école n'aurait pu vous transmettre ?
09:19C'est le moment.
09:20C'est la dédicace.
09:22Là, franchement, pour le coup, pour ma mère, c'est directement l'élégance.
09:24C'est une des raisons aussi pour laquelle j'ai créé ma marque parce que ma mère, la plupart des
09:31pièces que j'ai, même mes signatures, c'est très inspiré des pièces qu'elle porte elle-même, les chemises
09:35à la colle lavalière, des choses comme ça.
09:38C'est ce qu'elle a toujours porté et elle a cette aura très, comme Cruella, pas le cœur de
09:43Cruella, pas la morale, je préviens, mais on l'appelle toujours la reine mère aussi, ma mère, parce qu'elle
09:49a ce truc dans lequel elle s'est toujours sentie.
09:52Elle a de l'allure, elle a de l'allure, elle a de la confiance et j'ai appris tout
09:55ça grâce à elle.
09:56Alors, on la salue évidemment ce matin au micro de France Inter, il s'appelle Cher Kébé, je vous encourage
10:01évidemment à suivre son travail parce qu'il fait plein de choses, ok, il est mannequin, il a sa maison
10:04de couture, mais vous pouvez aussi le voir sur scène d'ailleurs.
10:07Merci beaucoup d'avoir accepté l'invitation aujourd'hui.

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