00:01Nous sommes avec Pierre Gattaz, l'ancien président du BDF, président de Radial, 3700 salariés,
00:06il travaille sur les composants électroniques. Merci d'être avec nous, président.
00:10Merci.
00:11Vous venez parler de votre livre « Gagner plus, c'est maintenant ».
00:14C'est vrai que c'est une question importante qui sera au cœur de la prochaine élection présidentielle.
00:17Mais est-ce que les patrons pourront vraiment augmenter encore les salaires ?
00:21Poser comme ça la question, non, ils ne peuvent pas.
00:23Justement, c'est le problème, c'est qu'on aimerait augmenter les salaires de nos salariés,
00:28mais pas brutalement, pas de façon coercitive.
00:31C'est tout un travail, c'est pour ça que nous expliquons dans ce livre « Gagner plus, c'est
00:34maintenant »
00:35qu'il y a quatre façons d'augmenter les salaires.
00:37C'est en travaillant un peu plus.
00:38On sait que la France travaille un peu moins que la moyenne européenne,
00:41surtout les jeunes qui ont les taux d'emploi faibles,
00:45le taux de chômage à 20% des jeunes, ce qui est énorme par rapport aux Allemands qui sont à
00:496%,
00:50et les seniors qui ne travaillent pas assez.
00:52Ça, c'est la première mesure.
00:53Travailler un peu plus et faire travailler les jeunes et les seniors.
00:55Deuxième mesure, c'est optimiser le mail social.
00:58Quand vous donnez 100 euros nets à quelqu'un, ça vous coûte 200 euros, l'entreprise.
01:02Il y a 100 euros de charges sociales et salariales et patronales
01:05qui financent quoi ?
01:06La retraite, l'assurance chômage, la famille, qui n'a rien à voir avec le travail,
01:10la sécurité sociale, qui est un bloc énorme.
01:12Et tout ça, en fait, est financé par la dette.
01:15Donc, non seulement c'est financé en écrasant le salaire net des gens
01:18et en surenchérissant le coût du travail,
01:21mais en plus, il n'est pas autofinancé depuis 40 ans.
01:23Donc, on s'endette tous les ans pour financer ça.
01:24Vous voulez dire que les cotisations ne suffisent plus aujourd'hui
01:26à payer la retraite, le chômage, la santé ?
01:29Mais bien sûr, depuis longtemps.
01:30Donc, il faut vraiment réoptimiser ce modèle social.
01:32D'accord, mais par quoi remplacer les cotisations ?
01:34Eh bien, il y a la TVA sociale qui est une des solutions.
01:37Vous rajoutez deux points de TVA pour la faire passer de 20 à 22.
01:40Ça fait 20 milliards d'économies.
01:42Ces 20 milliards d'économies, vous pouvez les donner en 3% de salaire net en plus.
01:46Ça, c'est une façon...
01:47C'est vraiment comme ça que ça se passerait ?
01:48Oui, c'est une des mesures.
01:52Ce n'est pas ma préférée.
01:53Ma préférée, c'est qu'on travaille un peu plus jusqu'à 67 ans en moyenne européenne progressivement.
01:58C'est de réenchanter le travail.
02:00C'est que le travail paye plus.
02:01C'est que même, j'ai proposé que toutes les heures supplémentaires soient vraiment payées 25% de plus,
02:08déchargées, défiscalisées.
02:08C'est que les années, entre 64 et 67, les gens puissent bénéficier peut-être de 10% de salaire
02:14net en plus.
02:14Que les patrons puissent bénéficier de 10% de charges en moins.
02:18Il faut inciter à travailler.
02:20Il faut tout faire.
02:21L'État, les patrons, les entreprises, les salariés, pour se dire,
02:25on ne travaille pas en France.
02:26Pour ça, c'est un problème.
02:27Mais surtout, surtout, surtout, le travail doit payer.
02:29Je vous comprends bien.
02:30Mais quand on entend les hommes politiques aujourd'hui,
02:32les candidats, ils sont plutôt discrets sur les mesures économiques.
02:35Alors, c'est ça le malheur.
02:36Et c'est pour ça que j'ai créé un cercle de réflexion qui s'appelle l'Institut des solutions.
02:40Parce que ça fait 40 ans qu'on nous parle de social, social, social, social, social.
02:45Très bien.
02:45Moi, patron d'une entreprise familiale, je pense que je suis très social et très humain.
02:50Vous avez tenu.
02:50J'ai gardé mes 4 usines en France.
02:53J'en ai rajouté une cinquième.
02:54Mes usines ont doublé de taille en France.
02:56Et je fais 90% de mon chiffre à l'étranger.
02:58Donc, je n'ai pas de leçon, entre guillemets, de recevoir de certains politiques qui m'attaquent parfois.
03:02Je dis, écoutez, le social, ça peut marcher que s'il y a de l'économie qui fonctionne.
03:06C'est fondamental.
03:07Et si l'économie ne fonctionne que si l'entreprise fonctionne,
03:10qui est la plus belle communauté humaine qu'on ait créée.
03:14L'entreprise, en fait, c'est une communauté humaine où on apporte du travail.
03:17On fait de la formation, de la dignité humaine, de l'épanouissement, de la rémunération.
03:21On crée de la richesse.
03:22C'est nous, entreprise, qui créons la richesse.
03:25Notre richesse, notre propre richesse, mais la richesse du pays.
03:27Mais ça, je vous comprends, mais on a l'impression qu'il y a un désamour.
03:29On n'aime pas travailler, on va moins au travail avec plaisir.
03:32Alors, figurez-vous que...
03:33On n'a pas leur travail à disparaître.
03:34Alors, il faut la réhabiliter.
03:35Parce que c'est vrai que depuis François Mitterrand qui nous a dit
03:37on va travailler de 65 ans à la retraite, on passe à 60 ans.
03:40Ça a été déjà une première énorme erreur qu'on paye encore aujourd'hui, 40 ans après.
03:44Ensuite, il y a eu la saga des 35 heures qui était une folie en disant
03:48le gâteau travail est un gâteau qui ne croit plus, ce qui est totalement faux.
03:52On va le partager.
03:52Donc, je dirais qu'on a bafoué le travail.
03:55Bafoué.
03:55Donc, il faut le réenchanter.
03:56Il faut que ce travail paye.
03:58Alors après, il faut que les politiques,
04:00et c'est pour ça que j'essaye d'aller faire peu sur les médias et sur les ondes avec
04:03mes pères,
04:03mes patrons, je leur dis d'ailleurs, allez-y plus souvent,
04:07c'est d'expliquer que tout ça, le social, la retraite, tout ça ne peut fonctionner que si l'économie
04:11fonctionne.
04:12Or, l'économie aujourd'hui, elle est mal à l'aise.
04:14Les patrons que je vois sont désabusés.
04:16Ils sont très nerveux.
04:17Ils sont très inquiets.
04:18Ils sont très inquiets qu'on ne leur parle que de taxes.
04:20Nous, le risque qu'on a sur la période, c'est qu'on va vous parler de taxes toute la
04:24journée.
04:24Il ne faut pas taxer.
04:25Il faut faire des économies.
04:27Pour les entreprises.
04:28Certains patrons, peut-être, ont aussi utilisé les holdings pour amoindre l'impôt.
04:33Il y a eu quelques cas de figure, peut-être, de yachts et encore de bateaux qui ont été mis
04:38dans les holdings.
04:38Mais il y a des inspecteurs du travail, des inspecteurs des impôts qui regardent ça.
04:41C'est leur boulot d'aller voir les sociétés holdings, etc.
04:44La plupart, moi, j'en connais beaucoup, on est vertueux.
04:49C'est le fruit d'un travail.
04:50Et la vraie richesse de quelqu'un qui a réussi, c'est dans son entreprise.
04:53C'est ces tables, des chaises, des équipements, des hommes, des femmes, des brevets.
04:57La vraie valeur d'une entreprise qui fait 500 millions d'euros de chiffre d'affaires et qui vaut peut
05:01-être 500 millions.
05:02Eh bien, ce n'est pas 500 millions de cash, contrairement à ce qu'on croit.
05:05C'est des hommes, des femmes.
05:06Donc, en fait, vous avez poussé par une taxation excessive là-dessus, les gens à vendre leur boîte et à
05:12partir.
05:12Et donc, là, ils seront vraiment riches en liquide.
05:15Or, là, aujourd'hui, ce sont des gens qui ont travaillé toute leur vie et qui ont une fierté de
05:19voir leurs salariés épanouis, travaillés, motivés.
05:22Alors, il y a des crises à passer, mais on passe les crises et on dure.
05:25C'est ça qu'il faut expliquer aux Français.
05:26Je crois que les Français ont compris.
05:28Parce qu'ils mettent à 70%, 75% les patrons comme des gens très respectables, estimables.
05:34Les patrons de TPE, PME, principalement ETI.
05:36Mais c'est énorme, c'est énorme.
05:38Je comprends, mais avec le choix qu'on va devoir faire, là, pour la présidentielle,
05:42quel sera le meilleur candidat, selon vous ?
05:44C'est compliqué.
05:45Par exemple, Marine Le Pen, là, qui est candidate, elle n'a pas le même discours que Bardella.
05:50Moi, j'attends de voir les...
05:52Je ne veux pas faire de politique, mais parce que je veux nourrir les...
05:55Avec mon institution, on va faire des réformes et on va proposer des réformes à tous les candidats.
05:59Moi, ce que je vois, c'est qu'il n'y en a pas beaucoup qui ont des programmes économiques
06:03vraiment faits.
06:05Bon, en tout cas, les deux extrêmes, les filles, on le connaît, ça ne va pas du tout, c'est
06:09une catastrophe absolue.
06:10Là, on fuit tous.
06:12Oui, c'est sûr.
06:12Bon, par contre, et le Rennes est très ambigu, si vous voulez, parce que je n'ai pas vu leur
06:16programme économique.
06:16Et il y a un problème, c'est que sur la retraite, notamment, on sait tous, si vous voulez...
06:19Il y a des différences.
06:20Il y a des différences entre ce que pense Bardella et ce que pense Le Pen, d'après ce que
06:24j'ai compris.
06:25Moi, je ne juge pas parce que j'aimerais voir le programme économique dans son ensemble.
06:28Il n'y a pas, aujourd'hui, de programme économique.
06:29En tout cas, pas de retraite à 60 ans.
06:31Mais, ah non, mais là, c'est une erreur.
06:33On serait, vous vous rendez compte que tous les pays européens, ou presque tous, sont déjà autour de 67 ans.
06:40Les Allemands sont en train de discuter d'une retraite à 69 ans.
06:44Les Danois l'ont signé, la retraite à 69 ans.
06:47Et nous, on est en train de dire, non, non, ce n'est pas 63, ni 65, c'est 72.
06:52Mais justement, Pierre Gattaz, est-ce qu'encore aujourd'hui, la voix du patronat que vous avez représentée à l
06:56'époque, est-ce qu'elle porte encore ?
06:58On n'apprécie pas quand on est renvoyé un peu dans ces murs.
07:00Je crois que oui, si vous voulez.
07:01Je crois que je soutiens beaucoup Patrick Martin, qui fait un très bon boulot au MEDEF.
07:06J'ai été patron du MEDEF, je sais que c'est très difficile.
07:08On est médiatisé, on est politisé, on a des forces contraires qui s'expriment, y compris dans le sein du
07:13patronat, d'ailleurs.
07:14C'est difficile, il faut avoir des convictions très fortes, il faut les exprimer, il faut avancer dans la montagne.
07:19Et je crois que Patrick le fait très bien.
07:21Alors, en effet, dans un chahut médiatique et politique tel qu'on l'a vécu depuis la dissolution, avec ses
07:27trois tiers épouvantables,
07:29tout et n'importe quoi sort, je dirais, sur les ondes.
07:33La plupart des politiques n'ont jamais vécu, n'ont jamais été dans une entreprise, si vous voulez.
07:36Et ça, c'est le drame.
07:37Ils n'ont jamais géré une entreprise, c'est encore plus le drame.
07:40Donc, il est temps de se ressaisir.
07:42Merci beaucoup Pierre Gattaz d'Administration CNews.
07:44On lira votre livre, Gagnez plus, c'est maintenant.
07:47Tout le monde le souhaite.
07:48Merci beaucoup.
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