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Anne Fulda reçoit Claire Hestia pour son livre «À cœur vaillant» dans #HDLivres

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00:01Bienvenue à l'heure des livres, Claire Estia.
00:03Alors vous avez travaillé pendant des années dans la communication
00:06et aujourd'hui vous écrivez un livre, un livre qui s'appelle « À cœur vaillant »
00:11qui est paru chez Fayard.
00:13Alors c'est un récit intime qui est sans fioriture, sans concession,
00:18qui revient, et c'est là qu'on imagine le courage qu'il vous a fallu pour l'écrire,
00:23sur une agression sexuelle que vous avez subie alors que vous aviez 8 ans,
00:27suivie pendant des années d'une forme d'emprise malsaine par l'agresseur
00:34qui vous avait infligé cela et qui était le compagnon de votre mère.
00:38Et ce qui est étonnant, c'est qu'on commence ce livre et on tombe sur votre dédicace.
00:43Vous dédiez ce livre à votre merveilleux mari, à votre mère adorée, à vos chats et aux hommes.
00:50Est-ce que c'est une manière de dire que malgré ça, finalement,
00:54vous avez réussi à faire le tri, entre guillemets, à ne pas mettre tous les hommes dans le sac ?
00:59Vous n'êtes pas mue par le ressentiment.
01:03Absolument.
01:04Je n'ai jamais voulu faire payer à tous les hommes ce qu'un homme m'avait fait.
01:09Et j'ai très vite compris qu'il fallait croire.
01:14Et j'ai voulu croire en l'inverse de ce que cet homme m'avait infligé.
01:18Donc, j'ai voulu croire en l'homme beau, respectueux, courageux.
01:23Et j'avais vraiment cette idée-là en tête.
01:25Et j'ai bien fait de l'avoir en tête puisque finalement, des années après,
01:29et beaucoup de souffrance aussi, mais malgré tout, j'ai trouvé cet homme-là.
01:33Donc, je ne voulais pas qu'un homme contamine toute ma vie et non plus toute ma vie amoureuse.
01:41Alors, vous écrivez, ce sont les premiers mots de votre livre.
01:44L'enfance devrait être un moment joyeux, insouciant et léger.
01:47Elle est cruciale dans la construction d'un individu car c'est le moment précieux
01:50qui pose les fondamentaux avec lesquels on fait sa vie.
01:53Alors, quand un enfant rencontre des traumatismes lourds,
01:56il lui faudra beaucoup de ressources et de subterfuges,
01:59parfois inconscient pour donner du sens à un insensé, comme disait, le dit Boris Cyrulnik,
02:04et pouvoir essayer de vivre normalement.
02:08Alors, vous avez connu l'insensé.
02:12Comment avez-vous réussi à donner du sens à cet insensé ?
02:16Parce que, bon, vous dites que vous avez réussi à passer outre,
02:22mais il y a eu de la souffrance quand même.
02:24Bien sûr, tout ça c'est quand même des années.
02:26De la culpabilité, de ce que vous racontez.
02:28Oui, beaucoup de culpabilité parce que, en plus, c'était quand même le petit ami de ma maman.
02:33Donc, cette place n'allait pas non plus.
02:37D'abord, j'ai eu une chance au moment où c'est arrivé, c'est que mon cerveau s'est
02:40dissocié.
02:41Et donc, ça m'a permis...
02:44C'est comme si mon cerveau avait pris une décision d'adulte alors que moi, je n'avais que 8
02:49ans.
02:50Et ça m'a aidée parce que ça m'a permis de soulager l'horreur, en fait.
02:57Je savais bien ce qui m'était arrivé, mais je n'avais pas de ressenti.
03:02Malgré tout, j'en avais tout à fait conscience.
03:05Et puis, les choses ont duré, pas physiquement, mais sous une forme un petit peu d'asservissement,
03:10quand même, d'emprise pendant 10 ans.
03:13Avec des conversations téléphoniques, des...
03:15Voilà, il m'imposait des conversations téléphoniques auxquelles je devais me soustraire.
03:20Et aussi, j'ai eu cette...
03:24Auquel vous deviez vous soumettre.
03:25Mais dans votre tête, vous avez utilisé le mot « soustraire ».
03:30Mais en fait, vous les aviez, ces conversations téléphoniques.
03:34Oui, mais...
03:34Mais dans la tête, c'est un lapsus qui a l'appelateur.
03:37Certainement, mais en même temps, je ne faisais pas ce qu'il me demandait.
03:42Je répétais des phrases dont j'ignorais la teneur.
03:45Je n'avais qu'huit ans.
03:46Donc, je savais...
03:48Aussi, j'ai grandi avec mon éducation aussi, en fonction du temps qui passait.
03:54J'ai compris les choses qu'il me faisait.
03:55Je n'en avais pas conscience à l'époque.
03:57La sexualité à huit ans.
03:59Aujourd'hui, peut-être plus.
04:00Mais à mon époque, vraiment, moi, je n'avais aucune maîtrise, conscience de ce qui m'arrivait.
04:07Et puis, malgré tout, j'arrivais à me n'y soustraire quand même.
04:09Puisque, comme il ne me voyait pas, il ne savait pas que...
04:12Moi, je ne faisais rien.
04:13Je répétais ces paroles.
04:14Ça, par contre, oui.
04:15Mais moi, je...
04:17D'accord.
04:17Oui, oui.
04:18Donc, c'était une emprise verbale, en fait, par téléphone.
04:24Alors, malgré les difficultés, malgré ce que vous dites,
04:28cette culpabilité étonnante qui poursuit très souvent les personnes qui sont victimes,
04:35vous, il y a quelque chose chez vous qui est marquant,
04:37c'est que vous ne souhaitez pas, vous n'avez jamais souhaité vous poser en victime, justement.
04:43Est-ce que c'est quoi ?
04:44C'est une attitude un peu bravache, un peu...
04:46C'est étonnant, c'est vrai ?
04:48Est-ce que c'est une manière de se protéger ?
04:50Et je pense que ça va avec la dissociation.
04:53Et puis, ça a été très intuitif.
04:56À 8 ans, j'avais...
04:58Oui.
04:59Évidemment, je n'ai pas pu me dire, bon, moi, tu fais comme ci, tu fais comme ça.
05:03Je n'ai même pas eu le temps d'avoir peur à 8 ans de ce qui m'arrivait,
05:06puisque je ne savais pas ce qui allait arriver.
05:08Et je ne comprenais même pas après ce qui était arrivé.
05:13Mais, oui, j'ai compris qu'il ne fallait pas s'enfermer dans ce statut de victime,
05:17parce que sinon, j'allais y être toute ma vie.
05:20Aussi, j'avais eu des exemples dans ma vie de ma mère, ma grand-mère,
05:24qui, elle, s'était enfermée dans ce statut de victime.
05:28Et j'avais bien conscience qu'il fallait que je m'extraie de ce schéma-là.
05:34Alors, évidemment, pour que l'on comprenne, parce que vous le dites,
05:39en fait, vous ne dites pas à votre mère.
05:42Il m'impose de ne pas le dire.
05:44Votre agresseur, voilà.
05:45Il m'impose de ne pas le dire, parce que, d'abord, il me dit que c'est moi
05:51qui en ai été à l'initiative.
05:54Donc, double honte.
05:56Et puis, aussi...
05:57Il est monstrueux de dire ça à nos enfants.
05:58Oui, parce que j'ai compris, après, avec l'analyse que j'ai faite,
06:01qu'à 8 ans, aucun enfant n'irait faire ce genre de choses tout seul.
06:06Et aussi, parce que, sinon, ma mère allait mourir.
06:10Et comme, dans la famille, il y avait que ma mère et moi,
06:13il m'avait dit, si ta mère meurt, tu iras en foyer.
06:18C'est très moche, les foyers.
06:20Donc, ne le dis pas à ta mère.
06:21Donc, moi, j'ai été emmurée dans ce secret.
06:24Oui.
06:24Parce que je ne voulais pas que ma mère meure.
06:26Bien sûr.
06:26Et aussi, vous savez, le secret, c'est...
06:30Vous ne savez pas si c'est lui qui vous tient
06:32ou si c'est lui...
06:33Ou si c'est vous qui le tenez.
06:34Parce qu'en fait, c'est le secret ou la honte.
06:37Et puis, le secret permet à l'horreur aussi de ne pas exister.
06:40Donc, il vous convient bien.
06:42Et puis, une fois que vous vous rendez compte
06:45que ce secret ne devrait pas être tenu,
06:47mais comme vous l'avez tenu pendant des années,
06:49eh bien, vous continuez.
06:51Parce que c'est comme un muscle que vous avez sollicité.
06:55Et puis, finalement, maintenant, vous avez l'habitude de le faire.
06:59Alors, qu'est-ce qui vous a incité ou permis d'écrire aujourd'hui,
07:03de poser des mots sur ce que vous avez vécu ?
07:05Est-ce que c'est le climat ambiant de libération de la parole ?
07:09Finalement, où il y a de plus en plus de livres,
07:12de comédiennes aussi qui témoignent.
07:15Ça vous a aidé ?
07:17Ou il y a eu un déclic ?
07:19C'est un concours de circonstances, je dirais.
07:22C'est un ami qui m'a...
07:24Détour d'une conversation,
07:26celui qui a fait la photo du livre, d'ailleurs,
07:29qui m'a dit, tu devrais écrire le lien et la transmission,
07:32c'est important.
07:33Et en fait, il avait raison.
07:35Moi, ce genre de livre m'a aidée
07:38quand je n'allais pas bien,
07:40parce que ça m'a permis d'acter des choses
07:43dont je doutais encore.
07:47Et puis, je pense que c'est un cadeau aussi
07:49que je me suis offert et que j'ai voulu offrir
07:51aux personnes qui vivent des traumatismes,
07:53mais pas forcément le viol, du reste, tout traumatisme,
07:57pour entrevoir un avenir,
08:00ou en tous les cas, se dire que, malgré tout,
08:03quoi qu'on traverse,
08:04dans la vie, on peut changer de direction
08:06et on peut déjouer le destin
08:11et trouver son propre chemin.
08:14Alors, en exergue, vous citez Sénèque,
08:18un court extrait,
08:19« Être heureux, c'est apprendre à choisir »,
08:21mais aussi l'écrivain Christine Orban,
08:23avec cette phrase,
08:24« Il y a un temps pour vivre et un temps pour comprendre.
08:26Ces des moments ne sont pas coordonnés
08:28quand on est jeune. »
08:29Alors, est-ce que vous avez donc compris, aujourd'hui ?
08:32Oui, j'ai compris, bien sûr.
08:35Et pardonner, la question d'après ?
08:37Alors, je me suis pardonnée à moi-même.
08:41Je pense que je n'ai à donner un pardon à personne
08:45excepté moi-même,
08:46et comme je me suis sentie coupable,
08:47je pense que le pardon, je me le devais, surtout.
08:51Parce que c'est vrai que cette culpabilité,
08:54elle m'a étouffée, elle m'a fait beaucoup de mal.
08:57Je suis passée par des étapes assez classiques
09:00après des traumatismes comme le mien,
09:02l'anorexie, la boulimie,
09:05à des états vraiment très compliqués.
09:09Et c'est quelque chose,
09:11enfin, c'est une addiction
09:11avec laquelle on doit se débattre pour toujours, en fait.
09:15Donc, se pardonner,
09:18ça permet d'apporter de la douceur dans sa vie.
09:23Et moi, finalement, c'était ce que je voulais pour la mienne,
09:25parce que c'était aussi ce que je voulais donner aux autres.
09:27Et dernière question, rapidement.
09:28Vous n'en avez jamais voulu à votre mère,
09:30qui n'a rien vu ni deviné ?
09:33Non, parce qu'elle ne pouvait pas savoir à l'époque.
09:36Je pense qu'à posteriori,
09:39il y avait peut-être des choses
09:42qui auraient pu lui mettre
09:44quelques signaux d'alerte,
09:46comme justement l'anorexie, la boulimie.
09:48Mais j'ai 53 ans,
09:50donc aujourd'hui,
09:52on a un regard peut-être plus lucide sur tout ça
09:54qu'à l'époque,
09:57ni à l'époque, ni aujourd'hui,
09:58je ne lui en veux, non.
10:01En tout cas, c'est à lire.
10:02Ça s'appelle « À cœur vaillant »,
10:03c'est paru chez Fayard.
10:05Merci beaucoup, Clérestia.
10:06Merci.
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