00:00Bonjour, vous vouliez nous parler ce matin de bipolarité. Pourquoi cette maladie est si difficile à diagnostiquer ?
00:06Oui, très difficile à diagnostiquer. On a une errance diagnostique qui va de 7 à 10 ans, c'est-à
00:12-dire entre les premiers symptômes et la pose du diagnostic.
00:15Vous vous imaginez ? Alors, c'est une maladie fréquente, beaucoup plus fréquente qu'on ne l'imagine.
00:20Et sûrement, justement, encore plus fréquente puisque souvent sous-diagnostiquée, voire parfois pas diagnostiquée du tout.
00:27On estime qu'en France, il y a 1,6 million de personnes qui souffrent de cette bipolarité.
00:34Alors, qu'est-ce que c'est ? Dans le nom, on comprend qu'il y a deux pôles.
00:39Il y a en fait ce qu'on appelle une phase maniaque. Dans la phase maniaque, tout est hyper.
00:45Vous avez une hyperénergie, vous avez une hyperactivité, une hyperactivité sexuelle, une hyperactivité sociale, une hyperactivité créatrice.
00:53Vous êtes capable de tout, d'écrire des pièces de théâtre, vous ne dormez plus, une hyperconsommation, vous achetez tout,
01:01vous consommez de la drogue, vous consommez de l'alcool, vous pouvez acheter trois machines à laver, deux voitures.
01:08Tout est hyper, hyper, hyper. Vous imaginez, c'est terrible.
01:13Certains quittent leur travail, puisqu'ils sont capables de tout, de toute façon.
01:18Divorce, vous imaginez en plus les retombées que ça peut avoir.
01:21Et après, il y a la phase down, où là, c'est tout le contraire.
01:25Et là, c'est terrible.
01:27C'est une souffrance terrible.
01:29Là, vous n'avez envie de rien.
01:31Vous n'avez pas envie de vous lever, vous n'avez pas envie de vous laver, vous n'avez pas
01:34envie de vous habiller,
01:35vous n'avez pas envie, vous avez une dévalorisation totale de votre estime, plus du tout, aucune estime de soi,
01:42vous n'êtes plus rien, vous n'existez pas, vous ne servez à rien.
01:45Enfin, je veux dire, c'est terrible.
01:47Alors, quand on dit, quand on définit comme ça la maladie, on se dit, c'est hyper facile à diagnostiquer.
01:53Une fois, t'es up, une fois, t'es d'armes, c'est super facile.
01:57Sauf que quand vous allez voir le psy, si vous êtes tout en haut, on vous dit...
02:01Alors déjà, on ne va pas voir quand tu vas bien.
02:02On ne va pas voir un psy.
02:03En général, on y va quand on va mal.
02:04Ah oui, donc on diagnostique une dépression.
02:06Mais c'est surtout qu'en fait, il n'y a pas une bipolarité qui ressemble à une autre bipolarité.
02:13C'est-à-dire que certains patients ont eu plusieurs crises dans la journée,
02:19pour certains, c'est très long, pour certains, c'est plutôt la phase up qui prédomine,
02:25pour d'autres, c'est plutôt la phase down, en général, c'est plutôt la phase down.
02:28En fait, il y a deux types de bipolarité, la une et la deux, mais ce que je veux dire
02:31par là,
02:32c'est que c'est tellement variable en intensité, en fréquence, en alternance, en récurrence.
02:39Certains patients restent des années en phase down.
02:42Et donc, quand vous allez consulter que vous n'avez envie de rien, le médecin, à quoi il pense ?
02:48– À une dépression. – À une dépression, oui.
02:50– Donc, qu'est-ce qu'il va faire ? Il va vous traiter pour une dépression.
02:53Or, on sait que les antidépresseurs sont très mauvais pour la bipolarité.
02:58C'est un trouble de l'humeur, ce n'est pas une dépression, c'est un trouble de l'humeur.
03:02Donc, voilà, ça, c'est une des difficultés.
03:05L'autre difficulté, c'est que ça survient, en général, entre 15 à 20 ans, donc très jeune.
03:13Entre 15 à 20 ans, vous pouvez imaginer que c'est sa crise d'adolescence,
03:17il reste enfermé dans sa chambre, il ne va pas bien, il est dévalorisé,
03:21il n'a pas confiance en lui ou en elle.
03:24– Qu'est-ce qui va être le déclic pour que le médecin comprenne qu'il ne s'agit pas
03:28d'une dépression,
03:29mais de bipolarité ?
03:30– En fait, il faut, ce qui est important, c'est qu'il y ait à la fois l'entourage,
03:37parce que l'entourage peut dire, parce que parfois, vous n'avez qu'une petite crise d'hypermanie,
03:42qui ne peut durer que quelques, voire une journée.
03:45Donc, il faut être attentif à tout ça, faire très attention.
03:48Et puis, c'est vrai que l'entourage compte beaucoup pour pouvoir aider au diagnostic.
03:53J'en profite aussi pour dire qu'il y a une composante génétique.
03:57Donc, bien souvent, dans la famille, quand il y a une personne, voire parfois les deux,
04:02où là, le pourcentage de risque de l'être soi-même est augmenté.
04:06Enfin, il y a plusieurs causes à la pathologie.
04:09Mais c'est très difficile de poser un diagnostic,
04:11et c'est pour ça que les scientifiques sont en train de chercher.
04:15Vous savez, vous avez mal quelque part, vous faites des radios,
04:18vous voulez savoir votre taux de cholestérol, on vous fait une prise de sang, on le mesure.
04:21Là, on n'a rien.
04:23C'est ça, la difficulté de toutes les maladies en psychiatrie.
04:26C'est que là, c'est vraiment l'interrogatoire, c'est l'entourage, c'est l'observation, c'est la
04:31clinique.
04:32C'est tout ça qui compte.
04:33Et donc, les scientifiques sont en train de chercher si on n'aurait pas des biomarqueurs
04:38qui permettraient de pouvoir prédire si une personne est à risque.
04:43Je voudrais juste terminer en disant que cette maladie, c'est une souffrance terrible,
04:49terrible pour les patients.
04:51N'oublions pas qu'il y a un patient qui souffre de bipolarité sur deux
04:55qui fera une tentative de suicide.
04:57Il faut comprendre la souffrance de ces patients quand vous êtes vraiment dans ces phases down
05:03où vous avez l'impression que vous n'êtes plus rien.
05:07Donc, on pense à tous ces patients.
05:09Je rappelle aussi qu'il y a une vingtaine de centres experts en France.
05:12Donc, si vous avez des doutes, allez consulter ces centres experts
05:16qui, eux, justement, avec de nombreux examens, pourront vous orienter.
05:21Sous-titrage Société Radio-Canada
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