- il y a 2 jours
les années romantiques,
Les Pieds Noirs, histoires d'une blessure est une série documentaire en trois parties, composée dans sa majeure partie de témoignages et d'archives familiales. C'est un film qui relit l'histoire de l'intérieur, dans une polyphonie sensible et intime. Cette première partie raconte l'épopée de l'installation en Algérie.
Les Pieds Noirs, histoires d'une blessure est une série documentaire en trois parties, composée dans sa majeure partie de témoignages et d'archives familiales. C'est un film qui relit l'histoire de l'intérieur, dans une polyphonie sensible et intime. Cette première partie raconte l'épopée de l'installation en Algérie.
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00:03Comme tous les pieds noirs, nous sommes des sangs mêlés de Malte, de Napoli,
00:11exactement proche d'Ida, la petite île dans la baie de Naples, et de Gandia en Espagne.
00:16Donc finalement, entre mes trois origines, je n'ai pas une goutte de sang français dans les veines.
00:20Il y a d'abord des Juifs en Algérie, dès le premier siècle de notre ère.
00:24Alors les bateaux pour aller à Alger font une escale, forcément.
00:29Ils ne peuvent pas faire Marseille-Alger, donc font une escale à Marron.
00:32Alors on est chargé de Provençaux ou autres qui veulent tenter leur chance en Algérie,
00:38de vaches, de bœufs, de moutons, de chevaux, de blé, et puis il reste quelque place.
00:45Alors on enfourne les Mahonais.
00:48Et c'est pour ça que les Mahonais débarquent en Algérie, en ombre.
00:52On pourrait dire que c'est des travailleurs émigrés clandestins.
00:55D'ailleurs, ils ne font pas partie de la colonisation officielle, avec l'armée française qui encadre,
01:01qui vend les terrains, qui oblige à planter dents d'arbres.
01:05Bon, eux, ils sont obligés de se mettre dehors, en dehors de la porte de la ville.
01:11Bab el Oued, la porte de l'Oued.
01:14Lorsque l'on regarde les papiers de nos grands-parents, c'est marqué « los braceros »,
01:17donc c'est-à-dire les gens qui savaient travailler de leurs bras.
01:21En fait, l'Algérie, c'était pas loin, c'était juste en face.
01:23Et la moindre petite barque, avec un bouddra ou une couverture, vous amenez directement sur Oran.
01:28C'était la misère, ils n'avaient pas de bateaux en moteur à l'époque.
01:32Ils avaient des bateaux en bois à la rame.
01:34Ils ont suivi la côte et ils ont abouti à mes Alkébir.
01:38Il y avait même une anecdote qui disait qu'on les appelait les caracoles, ça veut dire escargots,
01:42parce qu'ils marchaient avec un grand bout de bois où ils suspendaient leurs fardeaux.
01:47C'était parti de mal parce que, autrefois, les familles maltaises avaient toutes un minimum de dix enfants.
01:52Mes parents et mes grands-parents paternels venaient d'un village de Kassanitsch, en Corse,
01:59qui s'appelait Noval.
02:03Et ils étaient très nombreux, il y avait donc neuf frères et soeurs.
02:07Mon grand-père s'appelait Bartoli, ma grand-mère Paoli.
02:11C'est des couches successives, c'est un peu un dépotoir aussi politique.
02:17Les gens de la commune, allez, on balance tout ça, c'est impeccable.
02:21Il y avait encore des républicains qui faisaient un petit peu d'opposition.
02:27Il les a envoyés là-bas.
02:28Mes arrières-grands-parents étaient drapillés dans l'Aude.
02:33Et ils ont été déportés en Algérie parce qu'ils étaient anti-royalistes.
02:39Et ils fabriquent des cartouches.
02:41Ils fabriquent des cartouches.
02:43Donc il est cueilli par la maréchaussée en janvier 1952.
02:49Et comme 900 et quelques personnes, il est déporté en Algérie.
02:56Quand elle ne trouvait pas d'être très jeune, des 18 ans, un mari, eh bien on l'époussa à
03:02s'expatrier.
03:03Mon grand-père paternel, il était venu en Algérie parce qu'on demandait que des gens viennent en Algérie pour
03:11peupler le territoire algérien.
03:16Était-il révolutionnaire ? Était-il aventurier ? L'histoire ne le dit pas.
03:21Un jour, il a vendu ses meubles.
03:23Il a acheté un chariot et une paire de bœufs.
03:25Il a mis sa femme et ses quatre gosses dessus.
03:27Et il est parti en Algérie.
03:30J'ai des ancêtres qui sont lorrains, qui venaient d'un petit village qui s'appelle Garbourg.
03:36Ils ont fui l'Alsace pour rester français.
03:39Il est interdit d'être pauvre dans l'arène Annie de cette époque-là.
03:42Parce que les gens, c'est interdit d'être pauvre.
03:44Donc on est hors la loi et on est expulsable.
03:47Et les Lens étaient des Allemands.
03:48Ils venaient du Bas de Württemberg.
03:51Et ils étaient venus prendre le bateau.
03:53C'est une histoire magnifique.
03:55Ils étaient venus prendre le bateau au Havre pour aller aux Etats-Unis.
04:00Une famille nombreuse.
04:01Et puis ils sont tombés sur un escroc.
04:03Parce qu'il y avait des bureaux.
04:05On dit les passeurs maintenant.
04:07Il y avait des Schmitz et des Blum et des Pitz aussi.
04:11Ils se sont trouvés à Dunkerque sans rien.
04:14Avec toute leur famille.
04:15On se demande ce qu'on va en faire.
04:16Et puis ces gens, le peu d'argent qu'ils ont en quelques mois,
04:20le PQ les mangeait.
04:21Et donc finalement, on décide d'affrêter des bateaux
04:23et de les prendre directement de Dunkerque
04:26et de les amener en Algérie.
04:28Donc ils étaient tous entassés là-dedans dans la cale.
04:31Et je pense qu'il y a eu plus d'un mois et demi de voyage.
04:34Ça a été assez difficile.
04:36Ce qu'il faut savoir aussi, c'est que les maigres biens
04:38qu'ils conservaient encore
04:40arrivaient dans le golfe de Gascogne.
04:42Une grosse tempête.
04:43Et les capitaines des navires leur ont demandé
04:45de mettre à l'eau tous leurs coffres.
04:47Et dans ces coffres-là, c'était quoi ?
04:49C'était deux chemises, une paire de chaussettes.
04:51Donc ils sont arrivés très délaborés, je dirais.
04:53Et tout ça, ça a fait des pieds noirs.
04:56Les pieds noirs, c'est la résultante
04:59d'une multitude de peuples-nations.
05:02C'est où se trouve la source d'Eida ?
05:061830, il y a la conquête, il y a des Français qui arrivent.
05:10Et puis petit à petit, il va y avoir des populations qui arrivent, des migrants.
05:15Eh bien, je suis arrivé chez moi.
05:16Alors, on attribuait à la concession, à condition qu'elles soient exploitées,
05:21je crois me souvenir que ça s'était au moins cinq ans.
05:23Et c'était encore une fois l'armée qui jugeait si vous étiez un bon colon,
05:27si vous en aviez fait quelque chose.
05:28Et si elle estimait, par exemple, que vous n'étiez pas à la hauteur,
05:33vous retirez le titre de propriété.
05:34Quand les gens ont débarqué, venant du département, ont débarqué à Burtica,
05:39il n'y avait pas une seule planche pour pouvoir commencer à construire.
05:43On leur avait promis, bien sûr, qu'ils auraient un logement.
05:47Ils n'avaient rien. Rien.
05:48Tous les comptes rendus qu'on a de ces officiers, là, bien souvent,
05:51c'est des bons à rien, des fainéants, des débauchés.
05:56Alors, les débauchés, en fait, ce seraient les femmes
05:58qui auraient monnayé leur charme pour pouvoir nourrir leurs enfants.
06:01Il fallait être un peu fou pour aller là-bas.
06:04Un peu fou, pourquoi ?
06:05Parce que c'est un pays qui n'était pas,
06:08contrairement à ce qu'on a dit vraiment, très riche.
06:10Relativement sec, il pleut assez peu.
06:12Il y avait très peu de terres qui étaient effectivement cultivées.
06:15Très peu.
06:16Il y avait des marécages.
06:18Il a fallu assainir tout ça, drainer.
06:21Pour moi, c'était un culte.
06:23Ça n'avait pas été drainé, on ne pouvait pas cultiver.
06:24Arrivé là, qu'un six mois après, il ne restait plus un enfant.
06:28Et tout se mordait fait un.
06:30La malaria, il y avait le paludisme,
06:33il y avait énormément de maladies.
06:35Ça a vraiment été pour eux faire du défrichage.
06:37Les types crèvent de tous les côtés.
06:39Ils n'ont pas d'eau.
06:40On les met sur des terres de paquage.
06:42L'Algérie, c'est une zone de paquage.
06:44Quand on leur file des putains de terres,
06:46mais pas possible.
06:47Des marécages comme à Beauvary,
06:48pas croyable.
06:49Ils crèvent tous comme des mouches.
06:50On peut regarder ça à l'état civil.
06:52Le nombre de morts, c'est incroyable.
06:55Bon, alors, certains ont réussi.
06:58D'autres n'ont pas bien réussi.
07:01La majorité n'a pas très bien réussi.
07:07Il ne faut pas oublier aussi qu'à partir d'un moment,
07:09les propriétaires arabes se remettent à acheter
07:14les petites propriétés qu'ils ont vendues.
07:16Les terres appartenant aux Français, en Algérie,
07:20étaient de l'ordre de 30 à 35 % de la surface.
07:24Le reste, c'était rester la propriété,
07:26soit domaniale, soit arabe.
07:29Mais beaucoup d'arabes avaient des très grands domaines
07:31qui louaient à des agriculteurs français.
07:33Et en fait, les grands propriétaires,
07:35les grands agriculteurs,
07:37c'est à partir des années 1880
07:38que viennent des gens qui ont eux-mêmes de l'argent.
07:41Ils ne viennent plus, eux, pour la colonisation.
07:43Ils viennent simplement
07:45parce qu'ils ont déjà l'argent.
07:47Ils en souhaitent plus.
07:48Et eux, pendant ce temps-là, ils sont graissés.
07:50Ils n'ont pas beaucoup de cales aux mains.
07:54Parce qu'on ne peut pas à la fois tenir les liasses de billets
07:56et en même temps travailler.
07:58Ce n'est pas le même monde.
08:01Il travaillait dans les fermes
08:03pour des propriétaires.
08:05Il a été ouvrier.
08:07Il a été pratiquement,
08:08depuis qu'il est arrivé en Algérie
08:10jusqu'à sa mort à 92 ans,
08:13un ouvrier agricole.
08:14Il vendait ses bras, en fin de compte.
08:16C'était un ouvrier de la terre.
08:17Et pendant des années,
08:19ils ont vécu chichement.
08:21Les petits gomilas et les machins,
08:23c'était des rastas,
08:25c'était des jardiniers,
08:26c'était...
08:27Voilà, quoi.
08:28C'est ça.
08:28Ça, c'est pour eux.
08:30Entre les Espagnols,
08:31les Italiens et les Maltais,
08:33très rapidement,
08:34ce groupe euro-méditerranéen
08:37va devenir la composante
08:39presque la plus importante de l'Algérie.
08:41À Oran,
08:44en 1880,
08:46il y a deux fois plus d'Espagnols,
08:48de nationalités,
08:49que de Français.
08:51À Saint-Denis du SIG,
08:53il y en a six fois plus.
08:55À Sidi-Belabès,
08:56il y en a quatre fois plus.
08:57Il y a la volonté
08:59des gouvernements français,
09:01et surtout de la Troisième République,
09:03de franciser l'Algérie
09:05par le biais de l'école,
09:07par le biais de l'armée,
09:08par le coup-à-coup de quotidien,
09:11qui fait que, petit à petit,
09:13parce que sans s'en apercevoir,
09:15on devient français.
09:16Je vais vous dire,
09:17moi j'ai une tante,
09:18la sœur de ma mère,
09:20Marie-Louise,
09:21qui s'est mariée avec
09:22Georges Esteven, un belge.
09:24Ma mère, Myano,
09:25qui s'est mariée avec un espagnol,
09:26Linares.
09:27La sœur de mon père,
09:29André Linares,
09:30qui s'est mariée avec
09:31Hila Rénal, un français.
09:32Donc on a fait l'Europe
09:33avant tout le monde.
09:34Un petit peu.
09:39Elle va mettre au monde
09:40plusieurs milliers
09:41de petits cabiles.
09:43Et puis elle part
09:44à dos de mulets
09:45sous la neige,
09:46la nuit,
09:47sous la lune,
09:48en plein été.
09:49Et elle part
09:50dans les villages.
09:51Et puis comme il faut attendre
09:52que la dilatation
09:53fût complète,
09:54j'étais levé,
09:55ah non !
09:56Elle rentrait en se lavant
09:56les mains,
09:57je rentre en se lavant
09:57les mains désinfectantes.
09:58C'était une droite postérieure.
10:00Et alors,
10:01les femmes venaient la voir
10:04pour qu'elle les visite.
10:05Puisque le but du cabile,
10:07c'est d'avoir des enfants.
10:08Donc comment favoriser ?
10:09Est-ce que ça se passe bien ?
10:10Voilà.
10:11Donc elle parlait du cabile,
10:12elle connaissait tous les villages,
10:13elle connaissait toutes les femmes.
10:14Et donc,
10:15elle a passé une vie merveilleuse.
10:17Elle n'était jamais à la maison.
10:19Sa femme,
10:20elle a fait huit gosses.
10:21On est huit.
10:23Ma mère m'a parlé
10:24de son métier de domestique.
10:26Elle me disait
10:26qu'elle avait des journées
10:29à n'en plus finir.
10:30Ma mère,
10:31quand elle était jeune fille,
10:32elle était pantalonnière.
10:34C'est un tailleur.
10:37Elle était coutulaire.
10:38Moi, je faisais la couture.
10:39Elle faisait la couture comme ça.
10:41Moi, je faisais la couture.
10:42Et qu'est-ce que tu faisais en couture ?
10:44Ah, ben, des robes et des...
10:45Des mariages.
10:47Et des mariages.
10:47Et je sais...
10:48Des mariages ?
10:49Moi, j'ai des souvenirs, moi.
10:50J'ai une robe.
10:51Ma petite,
10:51elle a une robe.
10:52Faites par elle.
10:54C'était une poupée.
10:56Et elle était boutée.
10:58Complètement boutée.
10:59Fatiguée.
10:59Des mains d'ouvriers.
11:02Dures.
11:03Travailler dur.
11:04Ah, mais j'avais commencé.
11:05J'étais comme ça.
11:07Elle cousait bien.
11:09Elle était culottière.
11:10C'est-à-dire,
11:10elle cousait.
11:11Elle faisait des pantalons.
11:12C'était sa spécialité.
11:14Des fois,
11:15il y en a qui disaient
11:15si petite et elle arrive à faire ça.
11:19Pourquoi parce que les robes longues ?
11:20Elles faisaient des robes...
11:21Elles sont longues.
11:22Les robes de mariée,
11:24elles avaient des traînes.
11:26Et moi, j'étais ça.
11:32On avait un appartement un peu exigu.
11:35Et on avait deux chambres seulement.
11:38Et on était quatre,
11:38enfants et la grand-mère.
11:40Et là, ça faisait beaucoup.
11:41Moi, j'étais...
11:42Je vivais en centre-ville,
11:42là au rang.
11:44Et mes parents étaient instituteurs.
11:47Et nous vivions...
11:48On était cinq dans un trois-pièces.
11:51Mon grand-père paternel,
11:53ma grand-mère maternelle,
11:55mon frère et moi.
11:56On vivait avec les anciens.
11:57On vivait avec les anciens.
11:58Oui, oui.
11:59Il n'y avait pas de maison de retraite.
12:01À l'époque,
12:02tous nos vieux étaient avec nous.
12:04C'est-à-dire qu'on avait une cuisine,
12:06une salle à manger,
12:07une chambre.
12:08Et on était quatre.
12:10On était à six,
12:11dans une chambre,
12:12une cuisine,
12:13une grande pièce
12:14qui nous servait de salle à manger,
12:15de chambre à coucher.
12:17C'est des mecs
12:18durs au travail,
12:19mais sous les des montagnes.
12:21Là, ils vont te prendre
12:21un champ de pierre
12:23et à la chinoise,
12:24ils vont te enlever
12:24tous les cailloux.
12:27Ils sont...
12:28Ils savent qu'ils n'ont rien à voir
12:29avec l'école normale supérieure.
12:31Ils savent qu'ils n'ont rien à voir
12:32avec Saint-Cyr.
12:33Ils savent
12:34qu'il n'a rien à voir
12:35avec Neuilly.
12:36Ils savent
12:37qu'ils n'ont pas se passé
12:38avec ces meubles anciens,
12:40avec ces propriétés
12:41dans l'Anjou.
12:42Ils savent tout ça.
12:44Je n'ai pas été beaucoup
12:45à l'école, moi.
12:47D'abord aussi,
12:48ça se connaît,
12:49l'instruction,
12:50elle est très petite.
12:54Les ressortissants
12:55de nationalité française
12:57des départements d'Algérie
13:00jouissent
13:01sans distinction d'origine,
13:04de race,
13:05de langue
13:06et de religion
13:07des droits attachés
13:09à la qualité
13:11de citoyens français
13:12et sont soumises
13:15aux mêmes obligations.
13:17L'Algérie,
13:19trois départements français,
13:21Alger,
13:23Oran,
13:24Constantine.
13:25C'est d'ailleurs
13:26grâce à Jules Ferry
13:28que la communauté
13:29Pied-Noir
13:29est vraiment née.
13:30Parce que tous
13:31ces gosses
13:32qui étaient fils
13:33de Maltais,
13:33d'Espagnols,
13:34d'Italiens,
13:35dans leur famille
13:36parlaient leur langue
13:37respective.
13:38Ensuite,
13:39comme ils ont tous
13:39été à l'école,
13:40ils ont tous appris
13:41le français.
13:41et c'est le français
13:43qui a fait finalement
13:44que la communauté
13:45Pied-Noir
13:45s'est créée.
13:46L'école enfantine,
13:47il y avait 50 enfants,
13:49la plupart des musulmans,
13:51une assistrice.
13:53J'ai appris l'arabe,
13:54moi,
13:54en seconde langue.
13:56Ah oui ?
13:56j'ai un brevet d'arabe.
13:59Je sais le lire
14:00et l'écrire.
14:01D'ailleurs,
14:02je voudrais
14:03retrouver le livre
14:05que j'avais là-bas
14:06pour me remettre
14:08un petit peu.
14:09J'aime parler
14:10et entendre
14:11parler l'arabe.
14:13J'aimerais bien.
14:14Il y avait des chansons,
14:15des récitations
14:17que j'aimais.
14:18J'ai dégueu.
14:19Je suis là-bas.
14:20Le fils de chansons,
14:21vous êtes un bébé.
14:28J'aime l'arabe.
14:31J'ai un bébé.
14:31Je suis un bébé.
14:32Je suis un bébé.
14:34J'ai un bébé.
14:36J'ai un bébé.
14:42Je suis un bébé.
14:46Onis bien.
14:47L'âme China, ça veut dire que nous le portons, et celui qui m'aime, qui me suive.
14:52Voilà.
14:53Moi, j'ai toujours été dans une classe mixte.
14:56Elles étions toutes mélangées, il y avait beaucoup de petites musulmanes, il y avait des européens.
15:01Moi, j'ai des souvenirs de l'école où on était comme une famille.
15:08On connaissait les pères, on connaissait les mères.
15:11C'était comme une grande famille.
15:15Mon père m'a dit, bon, alors Jean-Pierre, vous allez bientôt rentrer en sixième.
15:22Alors, quand on est dans un pays, la première des politesses, c'est d'en parler...
15:27Oui, politesses, ce n'est pas des revendications sociales, ce n'est pas des révolutions, c'est des politesses.
15:32La première des politesses, c'est de parler la langue.
15:35Donc, mon petit, tu vas apprendre l'arabe.
15:37Ce qui était bien.
15:39Je ne parle pas l'arabe, je l'écris, je le traduis avec un dictionnaire.
15:45C'est une vacherie, parce que c'est une langue très difficile.
15:48Je n'ai pas appris l'anglais, ce qui a été une pénalité pour moi toute ma vie.
15:51Dans les cours, je ne suivais pas les mêmes cours que les autres.
15:53C'était la vacherie.
15:54Et pour commencer, ils m'envoyaient à l'école coranique.
15:57Pour me former, alors, pendant trois mois, l'été, à l'école coranique,
16:01avec tout, des petits cabillons, des comme ça.
16:03Puis un grand maître qui avait un grand roseau pour le taper sur la gueule.
16:10Et puis, la chihada, c'est-à-dire la prophétienne de foi musulmane.
16:14Moi, je répétais comme un cours, tout ça.
16:16Et puis, j'avais une grande ardoise, comme ça.
16:17On passe l'ardoise avec une espèce de blancheau,
16:20ou de blanche, je ne sais pas quoi.
16:21Et on écrit avec une encre, c'est de la laine de mouton qui est brûlée,
16:26mélange à l'eau.
16:26Et on écrit comme ça, de droite à gauche.
16:28Et puis, quand on faisait trop le con, le chihada avait un grand roseau sur la gueule.
16:35On ne nous a pas appris la géographie de l'Algérie.
16:38On ne l'a pas appris, on nous apprenait les départements français.
16:41Il fallait les avoir sur le bout des doigts.
16:43Nos ancêtres, les Gaulois.
16:46Non, on apprenait la France.
16:48La géographie française, les départements français, les rivières françaises.
16:52Mais jamais, au grand jamais, mon pays.
16:55Celui dans lequel je vivais.
16:56A l'école, on nous apprenait une chanson qui disait ceci.
17:01Connaissez-vous les trois couleurs, les trois couleurs de France ?
17:06Je ne me souviens plus du reste.
17:07C'était vraiment le patriotisme à outrance.
17:11Il y a un truc que je ne comprenais pas, c'est que par exemple, on apprenait les saisons.
17:14Donc, il y avait le printemps, il y avait des fleurs.
17:16L'été, il y avait des arbres.
17:18Et puis après l'hiver, il y avait de la neige.
17:20Alors, chez nous, c'était le contraire.
17:21L'été, tout était sec.
17:22Et puis l'hiver, les arbres avaient des feuilles.
17:25Et je me souviens, étant gosse, je me disais, il y a quelque chose qui tourne faron là-dedans.
17:29Et je crois que si on avait vraiment connu notre pays comme je le connais maintenant,
17:37j'aurais peut-être réfléchi avant de partir.
17:42Bonjour.
17:42Ça va ?
17:44Les Français d'Algérie et les gens qui ont été colonisés,
17:48ni l'un ni l'autre, n'ont vécu comme maintenant on prétend qu'ils ont vécu.
17:53Bonjour M. Chauvin.
17:55Ça va ?
17:56M. Chauvin, qu'est-ce que je vous souhaite ?
17:58Comme d'habitude, une anisette et un café pour Ahmed.
18:01Aussi bien ce que M. Poteplica dit est autour de lui,
18:05et ce que disent en France ceux qui prétendent raconter l'histoire.
18:10C'était autre chose.
18:12Alors, quelle nouvelle ?
18:15Réal-Hé, alhamdoulilah.
18:17Est-ce qu'ils ont fixé le prêt des blés ?
18:18Oui, le même que l'année dernière.
18:20Alors, il faut la bonne récolte, incha'Allah.
18:22On ne peut pas s'être entrelacé pendant 130 ans sans qu'il reste quelque chose.
18:28Quand on entend les parents, les grands-parents qui parlent de leur enfance,
18:32on a l'impression qu'en effet ils étaient tous frères,
18:34c'est-à-dire qu'ils pouvaient jouer avec les gamins arabes, juifs, etc.
18:37Mais je pense que quand on est gamin, on ne doit pas voir justement toute cette hiérarchisation dans la société.
18:44Il y avait surtout une perméabilité permanente entre les différentes parties de la population dans les quartiers.
18:52Alors, ils sont tous les deux là, accroupis, contre-mûrés, comme les arabes.
19:00Et j'arrive vers mon père, je lui ai dit, mais papa, à tout moment où tu exagères, on doit
19:03faire ça.
19:04Et il me dit, tu vois bien que je suis en discutant.
19:07Alors, je disais que ce sale bico, j'avais entendu à l'école.
19:10Il s'est levé.
19:12Je me suis retrouvé à 4 mètres.
19:17Je suis fier de raconter cette histoire.
19:24Non, nous ne fréquentions pas.
19:26Mais comme les Européens, pardonnez-moi, comme, si vous voulez, ceux qui étaient catholiques ne fréquentaient pas les juifs,
19:32comme les catholiques ne fréquentaient pas les arabes, les juifs ne fréquentaient pas les musulmans,
19:37les musulmans ne fréquentaient pas les juifs.
19:40Chacun était chez soi, c'était une colonie.
19:42Je parlais à l'arabe dès ma naissance, parce que j'étais là au milieu.
19:49Les seuls amis que j'avais à la ferme, c'était des petits arabes,
19:51donc très tôt, je gardais les moutons et les vaches avec eux.
19:56Je passais mes journées entières avec eux sans rentrer à la maison, même à midi.
19:59Ils connaissaient bien les herbes comestibles, les racines, donc on mangeait.
20:03Moi, je connais tous ces noms de plantes comestibles, mais en arabe, je ne les connais pas en français.
20:07En permanence ?
20:08Ah, tout le temps, tout le temps.
20:09Nous, madame Belamour, mamma mia.
20:12Marie, on faisait partie d'une équipe, on était dix ou douze,
20:16et souvent, souvent, souvent, on s'est retrouvés chez Marie,
20:19chez madame Belamour, c'était une sainte.
20:21Et alors, elle nous faisait à manger pour tout le monde,
20:24et quand elle n'était pas là, des fois, on restait même dormir.
20:28J'avais un ami qui était arabe, qui habitait dans mon quartier,
20:31j'allais chez lui, il venait chez moi, parce qu'on avait la même passion du cinéma.
20:36Alors, on avait la même passion, donc on échangeait un petit peu nos idées,
20:41donc nos films, etc.
20:44Mais donc, il n'y avait pas ces ghettos-là qu'on trouve un peu aujourd'hui.
20:51Si on vit parmi eux, il faut les respecter, il faut même suivre certains de leurs coutumes.
20:57Ma mère n'avait pas le droit de lui donner le bras dans les champs.
21:01A Oran, mes parents et moi-même avions des médecins qui étaient des médecins arabes.
21:06On avait le commissaire divisionnaire de la Sûreté départementale, c'était un arabe, Adeph.
21:13Il y avait un docteur des yeux, Ben Alioua, un arabe, donc.
21:18Absolument, ça c'est comme les couleurs sur un tableau, ça se marie, ça se mélange.
21:23Ça se mélange.
21:25Mon père allait dans les villages et nous mangions.
21:30Chez Kaby, Lamine, c'est le chef de la Djemah, Lamine qui nous reçoit, nous fait manger,
21:35on est là assis et on a une espèce de cuillère en bois et on mange dans un plat le
21:40couscous, n'est-ce pas ?
21:42Et ces gens très pauvres, c'est un couscous de cardes, c'est chardon.
21:46Et puis de la viande, il y en a rarement, le jour où c'est de la viande, bon, elle
21:49est bouillie, posée par-dessus.
21:50Et quand on a 10-12 ans, on a un peu d'égo-infre.
21:54Puis je voyais mon père me faire des signes à un moment.
21:58Je sentais que je faisais des conneries, quoi.
22:00Puis à la sortie, je me disais, ben petit con, on me faisait ce que ça voulait dire, ce qui
22:03était bien élevé.
22:04Je me disais, tu sais qu'après toi, les femmes, les enfants vont manger.
22:08Alors tu te mesures quand tu manges chez ces gens-là.
22:11Je veux dire, ça, c'est tout mon père.
22:17C'est...
22:28Les jeux de l'époque.
22:31Les jeux de...
22:33On inventait des jeux.
22:34Et alors, les pignols, là, ça c'était...
22:38Les bons qui jouent aux pignols, les meilleurs qui jouent aux pignols.
22:40Tu vois, tu ramassais les noyaux d'abricots, tu faisais sécher.
22:45Comme on jouait aux billes, on tirait dedans, puis les atteignés, on les gagnait, et ainsi de suite, quoi.
22:50On mettait un petit tas.
22:52Et puis on se mettait à 2 mètres, et hop, avec un oeil, il fallait faire tomber le tas.
22:57Et celui qui faisait tomber le tas, ramassait les noyaux.
23:00Oui, oui, sur le trottoir.
23:04Il y avait pas de pantalon, non, je l'ai grossi.
23:06Il y avait des shorts.
23:07On avait des broches tellement pleines de pignons que ça dépassait le short.
23:13Certains se faisaient faire faire par leur grande sœur ou leur mère un sac plein de noyaux d'abricots.
23:19On se baladait avec sa poche et on y tenait plus que si c'était l'aumônière avec de l
23:26'or à l'intérieur, des pièces d'or.
23:35Ah, carico, mamma mia, les caricots, champions du monde.
23:38C'est ce qu'on appelle le carico.
23:40Ça ne vous dit rien.
23:42Tu as déjà vu des caricots sûrement, hein, le carico aussi.
23:44Alors c'est une planche en bois.
23:47Et on mettait des, je crois que ce sont des roulements à billes qui servaient de petites roulettes.
23:52Ça ne coûtait rien, on récupérait les roulements chez un tonton mécanicien quelque part.
23:56Et on avait deux essieux, un à l'avant et un à l'arrière, un qui pivotait à l'avant
24:00pour pouvoir se diriger dans les descentes.
24:03Et tu te couchais là-dessus ou tu te mettais à genoux dans des rues en pente et on descendait
24:08comme ça.
24:08Et le top du top, c'était de descendre des escaliers qui étaient en pente très large et en pente
24:14très douce et les descendent sans tomber.
24:16Donc des fois, on perdait un roulement et on se jettait là, on se viandait la gueule.
24:20Et c'était la course au carico.
24:21C'était super.
24:24Je peux essayer ?
24:25Et alors ?
24:26Bien sûr.
24:27Le grand jeu, c'était le cerf-volant.
24:29Je ne connais pas le mot cerf-volant.
24:31Je ne connais que la bilotcha.
24:33La bilotcha, c'était bien sûr des cerfs-volants qu'on fabriquait nous avec des roseaux.
24:38Nous, on la faisait avec des roseaux.
24:42Tu faisais par exemple, en l'époque, on ne connaissait pas cet enfoiré, une croix de Lorraine.
24:48Et ma mère nous préparait la toile où on la faisait avec du papier journal.
24:54Tu collais du papier, alors les produits qu'on utilisait, on prenait un peu de farine, de l'eau, et
25:01on se faisait de la colle et on faisait voler du cerf-volant.
25:04Et oui, ça collait bien.
25:12Et déjà, on ne vivait pas dans des palaces avec jardin, piscine et tout.
25:17Et donc, tu étais toujours chez les potes et toujours dans la rue.
25:20Il y avait ce qu'on appelait l'ouette Béchard et il y avait une passerelle métallique.
25:25Et donc, avec tous mes petits copains arabes, on passait nos journées à faire pire que pas de cette passerelle.
25:33Mais d'ailleurs, la cigarette, j'y ai goûté à cette époque-là.
25:36Je devais avoir 5 ans et demi, 6 ans.
25:39Là-bas, c'est les adultes, ils y étaient les petits.
25:41Moi, j'ai reçu des baffes dans la rue de mecs qui ne me connaissaient pas.
25:44Je faisais le camp, paf, une baffe.
25:45Il va le dire à ton père, tu vas te décraser ou s'il vient s'en faire en train
25:48de fumer dans la rue.
25:50Le mec faisait, viens ici.
25:51Putain, il connaît peut-être notre père.
25:53Tu fumes depuis quand ? Ta père, il le sait ?
25:55Non, bon, fais une baffe.
25:55Allez, tu rentres chez toi et je fais une idée.
25:58Si je vous raconte tout ce qu'on a fait.
26:10Alors, tais-toi, lance-pierres, mamma mia.
26:12Les lance-pierres.
26:16Oh, le stack.
26:18On s'appelait le taouette.
26:20Dans la région, c'est des taouettes.
26:22On avait toujours un taouette.
26:24On se fabriquait nous-mêmes, le stack.
26:27On partait à la chasse dans un bois qui s'appelle Bois de Boulogne.
26:30D'ailleurs, chez nous, on tirait sur des oiseaux.
26:33Il y avait des bontes ici, tu prenais un oiseau à 50 mètres.
26:37Alors, j'acquiste à Rosaski, le poc, prenait 10 cailloux et avec son stack sur 10 cailloux, il ramenait 8
26:46moineaux.
26:47C'était le champion du stack.
26:50Comme la sensibilité évolue, vous voyez, aujourd'hui, on dirait, tu vas chasser.
26:54Je dis, mais ce n'est pas possible.
26:56À l'époque, j'aurais tué le dernier des Rouges-Gorges.
27:00Ce qui est d'horreur quand on y pense.
27:03Ça, c'est des bons souvenirs.
27:04Ça me fait plaisir de reparler de ça.
27:17La métropole, c'était la mère patrie.
27:19La mère patrie.
27:19Pour nous, c'était quelque chose de magnifique.
27:21Pour nous, c'était, les Français, c'était quelque chose d'extraordinaire.
27:27On les badait, on les badait.
27:29Quand je me suis mariée avec un métropolitain,
27:32toutes les copines, elles étaient jalouse,
27:36elles me posaient des questions.
27:38Et oui, et bien voilà, c'est comme ça.
27:42Oh, mais la France, c'était l'idéal.
27:44On idéalisait, d'abord.
27:46C'était quelque chose qui, pour nous, nous paraissait pas accessible.
27:50C'était à la fois lointain géographiquement,
27:52mais c'était très proche dans le cœur, je pense.
27:54L'Algérie étant constituée de trois départements français,
27:57ils se sentaient français au même titre
27:58que s'ils avaient été Auvergnat, Breton ou Alsacien.
28:01La France, la France, la France, c'était quelque chose.
28:04La France ne pouvait pas mal faire, non.
28:07Bien souvent, on nous traite, vous devez le savoir, de fachos.
28:11Mais la France a été pétainiste.
28:13L'Algérie a été pétainiste.
28:14La France a été ceci, radicale socialiste.
28:17L'Algérie a été radicale socialiste.
28:19La France a été gaulliste.
28:20L'Algérie a été gaulliste.
28:21Un moment seulement.
28:24Bon.
28:25Donc, alors, si on nous était des fachos,
28:28je pense que des fachos, il y en a beaucoup dans l'hexagone.
28:31On n'aurait jamais voulu être ajourné ou être réformé.
28:34Alors ça, s'il y en a un qui était réformé dans l'armée,
28:37il ne comptait plus, il n'y a plus personne qui lui parlait.
28:39Ni les filles, ni les garçons.
28:41Ah, c'était la honte.
28:41Il fallait faire ses classes, il fallait être militaire,
28:45il fallait être français, il fallait porter des fonds français.
28:47Alors mon père, s'il entendait à la radio,
28:50la Marseillaise, je l'étais à table, il fallait se laver.
28:55Donc si je vous dis, en plein repas, n'importe où.
28:59La Marseillaise me fait vibrer.
29:02Mais ce n'est pas le cas pour mes enfants, je ne pense pas,
29:05mais moi encore.
29:07Moi encore.
29:14La France a permis à beaucoup aussi d'avoir quelques arpents de terre
29:20qu'ils ne pouvaient pas avoir lorsqu'ils étaient en France,
29:22en Espagne, en Italie ou ailleurs.
29:25Donc il y avait cette reconnaissance.
29:28Il y avait une reconnaissance
29:29qu'on pourrait tout simplement appeler
29:31la reconnaissance du ventre.
29:33Entre les deux maisons,
29:34où chacun vient adorer Dieu selon sa foi,
29:37s'élève le monument aux morts des deux guerres.
29:40Les noms de tous les fils d'Algérie
29:42y sont étroitement associés,
29:43comme fumaient le sang qu'ils ont versé
29:45pour la patrie commune.
29:47C'était une grande peur des Français métropoles
29:49de dire, finalement,
29:51on les appelait les néos.
29:53Les néos, c'est-à-dire les nouveaux Français.
29:55Ces néos, là,
29:57qui sont, finalement,
29:58qui continuent presque à parler
29:59un petit peu espagnols,
30:00on est en 1914,
30:02est-ce que, vraiment,
30:02ils vont entrer en guerre ?
30:04Est-ce que ce sont vraiment de bons Français ?
30:05Et là, en 1914,
30:07la mobilisation est une mobilisation enthousiaste
30:11et paye un tribut important.
30:13Ils ne sont pas Français d'origine,
30:14ils sont espagnols,
30:15mais ils sont Français.
30:16Ils se battent pour la France,
30:18ils vont mourir pour la France.
30:19Ils se sont tous engagés
30:21pour la durée de la guerre.
30:22Ils n'ont pas été mobilisés,
30:23ils se sont engagés.
30:24Oh là là,
30:25moi je me souviens
30:25que ma mère me disait
30:26qu'ils étaient partis à la guerre
30:28avec la fleur au fusil
30:29et en chantant.
30:32Pourquoi ils allaient défendre
30:34la mère patrie ?
30:35Ah oui,
30:36en France,
30:37l'un a été gazé,
30:39l'autre a été disparu,
30:41c'est un obus qui lui est tombé dessus.
30:43Le troisième a disparu.
30:45Toute la famille,
30:45je ne peux pas vous les citer tous,
30:47parce qu'il y en a plein de morts.
30:48« En avant, en avant, en avant ! »
30:52« C'est nous les Africains
30:53qui arrivons de loin ! »
30:56Mon frère,
30:56qui avait 18 ans,
30:58mon frère aîné,
30:58et qui est parti en Angleterre.
31:02Mon frère voulait venir libérer la France.
31:05Je rejoins le matin de renfort,
31:06qui m'a amené en Angleterre,
31:08au sein de l'ADB,
31:09où j'étais affecté
31:11au 12e chasseur d'Afrique,
31:12et où j'ai fait toute la campagne avec.
31:13Il avait fait la campagne de Tunisie,
31:15la campagne d'Italie,
31:17la Corse,
31:19ensuite il a débarqué à Pogolin,
31:21toute la France et l'Allemagne.
31:24On a beaucoup dans la deuxième DB.
31:26Pendant longtemps,
31:27la mémoire française avait refusé ça,
31:31avait nié ça,
31:31mais ce sont déjà des Français d'Algérie
31:35et des Républicains espagnols
31:37qui rentrent les premiers dans Paris.
31:40Ah, c'était fabuleux !
31:42L'entrée dans Paris,
31:43nous nous sommes arrivés
31:44par le terrain de Buc
31:46et la vallée de la Chevreuse.
31:47Et de là,
31:48nous avons continué
31:49vers l'avenue Victor Hugo,
31:52je crois,
31:52et puis l'Arc de Triomphe,
31:55où on a eu un accrochage
31:56avec quelques prisonniers allemands,
31:58enfin quelques Allemands,
32:00qui devaient se rendre
32:01et qui en fin de compte
32:03avaient des grenades à la main,
32:04donc on les a nettoyées.
32:06La France doit être libérée,
32:09en partie,
32:10en bonne partie,
32:12grâce à ces coloniaux
32:15algériens,
32:16viendes d'Auchyne,
32:17du Sénégal,
32:18etc.,
32:18mais aussi qu'ils soient
32:21français d'Algérie.
32:22Et en plus,
32:22j'y parlais souvent arabe,
32:24alors bon,
32:25on pouvait commander
32:26la chair à canon
32:27qu'on envoyait aussi là-bas,
32:28parce que eux aussi,
32:29à ce moment-là,
32:29ils étaient français.
32:31Je ne veux pas m'étendre là-dessus,
32:32mais on leur a promis
32:35combien de fois
32:36qu'ils seraient français ?
32:37Vous savez,
32:38le 8 mai 45,
32:41à Sétif,
32:42etc.
32:43Il peut y avoir aussi
32:45beaucoup de mécontentement
32:46de gars qui avaient fait la guerre,
32:48qui étaient partis pour la guerre,
32:50à qui on avait promis
32:52un statut de français
32:53et qu'ils ne l'ont pas obtenu.
32:59Une grande ferme
33:00dans un nid de verdure.
33:02C'est le domaine
33:03de Ben Merzouk,
33:04le fermier musulman,
33:06qui caresse avec fierté
33:07ses jeunes pouliches.
33:17Ben Merzouk regarde le ciel.
33:19S'il pleut,
33:20la récolte sera belle.
33:21Elle sera belle aussi
33:22pour son voisin,
33:23Mario, le corse,
33:24qui dirige
33:25une grande ferme
33:25des colons vraiment riches.
33:28Il y en avait 300.
33:29Et très, très, très riches.
33:31C'est excessivement riche.
33:33Il y en avait 10.
33:33Bon, c'est quand même pas beaucoup
33:35pour un pays
33:36qui était quand même
33:37trois fois comme la France.
33:39Donc, pour les autres,
33:40c'était des colons
33:42qui avaient des surfaces
33:44de terrain
33:45qui étaient généralement
33:47supérieures
33:47à celles qui sont en France
33:49parce que les rendements
33:50étaient dix fois moins bons.
33:52Il y avait 23 000
33:53exploitations agricoles.
33:54Sur les 23 000
33:55exploitations agricoles,
33:56j'ai les statistiques,
33:57si vous voulez,
33:57on peut les ressortir.
33:59Les grosses propriétés
34:01étaient rares.
34:01Elles étaient
34:03proportionnellement
34:03moins importantes
34:04que celles
34:05qui étaient en France.
34:06Bellecôte était un village
34:07de colons,
34:08principalement de colons,
34:10c'est-à-dire
34:10de gens riches
34:11qui avaient des vignes,
34:14qui ramassaient
34:15chaque année
34:16en septembre
34:17des millions
34:18dans leurs caves
34:18et qui payaient
34:20les ouvriers,
34:22malheureusement,
34:23bien au-dessous
34:23de ce qu'il fallait
34:24leur donner.
34:26Ça,
34:27ça ne me plaisait pas.
34:28Je n'ai jamais accepté.
34:30Je ne vois pas pourquoi.
34:31Parce que c'était des Arabes.
34:32Il fallait les amoindrir
34:34de la sorte.
34:35Ça, j'étais contre.
34:37Donc, ces gens-là
34:38ne contraillaient pas
34:40les familles musulmanes.
34:41Il ne faut absolument
34:42pas imaginer l'Algérie
34:44sur le plan quotidien,
34:46sur le plan social,
34:47sur le plan personnel,
34:48comme une sorte
34:49de société hiérarchisée,
34:51verticale,
34:52dans laquelle,
34:53pour reprendre
34:53le cliché habituel,
34:54il y avait tout à fait
34:55en haut de grands colons
34:56riches
34:57et qui manillaient,
34:57je ne sais pas moi,
34:59le knout,
35:00à défaut de manier
35:01le fouet.
35:02et tout à fait en bas,
35:03une immense population
35:05d'indigènes
35:05qui souffrait, etc.
35:06C'est une image
35:08d'épinal
35:08qui est absolument fausse.
35:09Je vous dis bien,
35:10c'était une colonie.
35:13C'est une colonie.
35:14C'était une véritable colonie.
35:16Avec sa hiérarchie,
35:17avec ses communautés
35:19différentes
35:20et ses classes sociales.
35:23Une colonie.
35:24Ce n'était pas
35:25une province de France.
35:30c'était une véritable
35:31colonie.
35:32Vous comprenez
35:33ce que je veux dire ?
35:34Quand je dis
35:35le mot colonie.
35:36Peut-être à Alger,
35:38mais à Clemcell,
35:39on vivait tous ensemble.
35:41On vivait tous ensemble.
35:43La vie quotidienne
35:44faisait qu'il y avait
35:45quand même un rapprochement
35:45parce que le mode de vie
35:47était quand même
35:47un mode de vie
35:48très communautaire
35:49et on vivait beaucoup
35:49à l'extérieur,
35:50comme en Espagne,
35:51si vous voulez,
35:51comme au Maroc.
35:53et donc les gens
35:54se mêlaient davantage.
35:55Ce n'est pas l'apartheid.
35:56Il faut abandonner
35:58cette idée-là.
35:59L'Algérie,
36:00ce n'est pas l'apartheid.
36:02Il y a des communautés
36:04qui se coudoient,
36:05qui se côtoient,
36:06mais qui ne se mélangent pas.
36:10C'est-à-dire qu'en Algérie,
36:12on est tous frères,
36:13mais on ne sera pas beau-frères.
36:15C'est-à-dire que
36:18tu n'auras pas ma sœur
36:19et puis je sais que toi,
36:22tu ne me donneras pas
36:23la tienne quand même.
36:24Mais c'est admis
36:25par toutes les communautés.
36:27Donc c'est une sorte de code.
36:30C'était deux communautés
36:32qui vivaient côte à côte,
36:36sans animosité,
36:38mais sans fusion.
36:43Il y avait la vie française
36:45qui était là,
36:45la vie musulmane qui était là.
36:48On vivait les uns
36:49chez les autres,
36:50mais il y avait toujours
36:52une cloison.
36:53Ça, c'est la vérité,
36:53il faut le dire.
36:55On vivait ensemble,
36:56on travaillait ensemble,
36:56mais il y avait une frontière.
36:59Les Arabes ne tenaient pas
37:01à ce que leurs fans
37:03viennent chez les Français
37:05parce qu'elles prenaient
37:06de mauvaises habitudes,
37:06etc.
37:08Et réciproquement.
37:09Il y avait d'une part
37:11une Algérie profonde,
37:12essentiellement rurale,
37:14où bien entendu,
37:15chacun restait
37:16sur ses traditions.
37:18Ce qui ne veut pas dire
37:19en fait que ça entraînait
37:21ipso facto
37:22un certain mépris de l'autre.
37:23Mais simplement,
37:24c'est vrai qu'il y avait
37:25peut-être davantage
37:26une juxtaposition
37:28qu'une quelconque osmose.
37:30En revanche,
37:31dans les quartiers neufs,
37:32comme ceux de Diarès Sada,
37:34je peux témoigner
37:35que non,
37:36absolument pas.
37:37Dans notre immeuble,
37:38il y avait un rabbin
37:40qui était régulièrement invité
37:41et qui nous invitait régulièrement.
37:44Il y avait une famille
37:45cabile,
37:46c'était pareil.
37:47Et de notre côté,
37:48il y avait la réciproque.
37:49Là,
37:49là se construisait
37:50la nouvelle Algérie,
37:51en fait.
37:52Du moins,
37:53peut-être,
37:53elle puisse se construire là.
37:55On n'est pas des naïfs
37:57de l'injustice sociale
37:58de l'Algérie.
38:01une certaine injustice sociale
38:04qui est plus sociale
38:06qu'ethnique,
38:07d'ailleurs.
38:08La majorité
38:08de la population
38:09en Algérie
38:09jusqu'en 1962,
38:11c'est une population
38:13modeste.
38:14Ce sont des pêcheurs,
38:15des petits commerçants,
38:16des petits cultivateurs
38:18terriens.
38:18C'était des petits gens
38:19et il y avait évidemment
38:21la grande masse
38:23des fonctionnaires.
38:24Les fonctionnaires,
38:25comme chacun le sait,
38:26ne sont pas des gens
38:27extrêmement riches
38:28et on ne peut pas qualifier
38:29les fonctionnaires
38:29de colons.
38:30J'ai un oncle
38:31qui était brigadier de police,
38:33un qui était caissier
38:34de la Banque d'Algérie.
38:35Mon grand-père
38:36était maçon,
38:37mais pas comme Francis Bouygues,
38:39artisan,
38:41journalier.
38:41En 1950,
38:4365% des Français
38:45d'Algérie
38:46avaient un revenu
38:47inférieur
38:48de près de 20%
38:50au revenu moyen français.
38:52Mon père n'a jamais
38:53eu de voiture,
38:54comme il fallait
38:56subvenir aux besoins
38:57de tout le monde.
38:59On n'avait pas de voiture,
39:00on n'avait pas de luxe,
39:01on mangeait bien,
39:03mais il n'y avait rien
39:04de plus à la maison.
39:06Je me serais tout brevet.
39:08Parce que financièrement,
39:09il fallait s'arrêter
39:10pour aller travailler.
39:11J'ai posé la question
39:12à mon père,
39:12je lui ai dit
39:13qu'est-ce que c'est
39:13ancien que tu peux me faire ?
39:14Il me dit
39:14pour le moment,
39:15le gîte est à la table.
39:17J'ai dit
39:17si un jour je vais me marier,
39:18il me dit
39:18je ne sais pas,
39:19on verra.
39:20Mon père avait
39:21une toute petite exploitation,
39:22il voulait voter là-dessus.
39:23Il a élevé 4 enfants.
39:24Tout est en fonction
39:25des moyens
39:26et les moyens qu'on avait,
39:28on avait pas mal d'espadrilles.
39:30Quand il y avait des souliers,
39:31il fallait faire attention
39:32pour la communion et tout.
39:34Mais
39:35si c'est un morceau de pain
39:38dans l'ambiance,
39:39dans une bonne ambiance,
39:41ça vaut
39:42plus que du
39:44caviar à l'Elysée.
39:45Contrairement à ce qu'on croit,
39:46il y avait
39:47beaucoup de monde
39:47qui était à gauche en Algérie.
39:50Contrairement à ce
39:50qui avait éclé aujourd'hui.
39:52Vous savez,
39:52le 1er mai
39:53à Alger,
39:55on défilait
39:56avec le foulard rouge.
39:57Il ne faut pas oublier
39:58que les communards,
40:00on les a envoyés
40:00en Algérie.
40:01Ils ont fait des petits,
40:02des petits communards.
40:03Ben, écoutez !
40:04Même en France
40:05à la même époque,
40:06dans les années 50
40:07ou les années 60,
40:08vous aviez quand même
40:09encore une misère ouvrière
40:12et une opposition
40:13avec la haute bourgeoisie française,
40:15disons,
40:15du 16e arrondissement
40:16à Paris,
40:17qui était certainement
40:18beaucoup plus grande
40:19que ce qu'on voyait
40:20en Algérie.
40:21tout simplement
40:22parce qu'elles ne vivaient
40:23pas à l'extérieur
40:23et dans un milieu
40:24qui ne permettait pas
40:25les échanges.
40:29Je crois que le sentiment
40:30que tout homme
40:32vécu en Algérie,
40:33c'est que c'était
40:34quand même
40:35un pays de partage.
40:36Alors que le partage
40:37se fasse par ailleurs mal
40:38sur le plan économique,
40:40sur le plan social,
40:41voire aussi sur le plan politique,
40:42puisque les musulmans
40:44ont eu des droits politiques
40:46beaucoup plus tardivement,
40:48en particulier droits de vote,
40:49que les Français de souge,
40:51que les Français d'origine.
40:52Le statut de l'Algérie
40:54fait de tous les habitants
40:55de ce pays
40:55des citoyens français.
40:57Tous les Algériens
40:58prennent part aux élections.
40:59Le statut de l'Algérie,
41:01qui représente
41:02un équilibre heureux,
41:03a créé l'Assemblée algérienne,
41:05composée de 120 délégués
41:06élus pour 6 ans.
41:0860 délégués
41:09élus par un premier collège,
41:11comprenant les électeurs
41:12d'origine française
41:12de certaines catégories
41:13de musulmans,
41:14et 60 délégués
41:16élus par un second collège,
41:17composé exclusivement
41:18de musulmans.
41:19Et là,
41:20mon père était absolument compte,
41:22il ne comprenait pas
41:23pourquoi il n'y avait pas
41:24qu'un seul collège.
41:26Ce qui est le problème,
41:28nous n'avons jamais eu
41:31le droit à la parole.
41:34On gouvernait pour nous.
41:36Alors, il y avait
41:37le gouvernement parachuté de France,
41:40qui oublie ici
41:41à des politiques
41:41qui étaient la politique française,
41:43des intérêts
41:45qui n'étaient pas souvent
41:46les nôtres,
41:46plus une plutocratie
41:48de gens,
41:50de très riches colons,
41:51mais une très petite minorité
41:54d'industriels,
41:55de propriétaires
41:57de compagnies de bateaux,
42:00je ne cite pas de nom,
42:02et qui ont dirigé l'Algérie,
42:04c'est-à-dire un clan,
42:06un petit clan,
42:07comme ça,
42:08de notable.
42:10On n'a jamais eu
42:12notre mot à dire.
42:15On n'a jamais eu
42:16notre destin en main.
42:18Et quand il a fallu
42:19le prendre,
42:19c'est trop tard.
42:54On est allé à la plage
42:55tous les week-ends,
42:56tous les samedis,
42:57tous les dimanches.
42:58Et mon père,
42:59on se levait très tôt le matin
43:00pour pouvoir planter la guitouine.
43:02On faisait une tente,
43:03tout en même temps,
43:04les matelas par terre,
43:06enfin,
43:06pas sur le sable,
43:07sur une toile.
43:09Et là,
43:10on passait un mois.
43:11Mais je vous dis,
43:12passe-moi !
43:13C'était superbe,
43:15super,
43:15super.
43:16Les gosses,
43:17dès le matin,
43:17dans l'eau.
43:18On était le cul dans l'eau
43:19tout le temps.
43:20Les parents amenaient le panier,
43:22le pique-nique,
43:23et on allait en rester
43:24la journée entière.
43:25Pratiquement tous les jours,
43:26il y avait des bouteilles,
43:27des culots de bouteilles
43:29qui sortaient
43:30et l'eau rafraîchissait.
43:32On vivait bien.
43:33On étalait toutes nos fritas
43:35avec la grande nappe
43:36qu'on avait étalée.
43:37C'est pas la France.
43:38On en mettait au milieu,
43:39on mangeait,
43:40et chacun se servait
43:41sa petite assiette
43:42et qu'il la prenait
43:43comme ça
43:44ou à genoux
43:46ou debout,
43:46comme il voulait.
43:47On était des familles
43:48et on se retrouvait là
43:49et il y avait convivialité,
43:51on échangeait nos repas.
43:54Certains amenaient
43:54les salades de piment,
43:56salades d'acocha
43:56ou dites salades juives.
43:58Et la salade
43:58de pommes de terre
43:59traditionnelle.
44:00Salade de pommes de terre,
44:01les sardines en scabets.
44:03Ou la salade de tomate
44:04avec l'ail,
44:05uniquement avec la pulpe
44:06de tomate
44:07qui est quelque chose
44:07de fabuleux.
44:08Les cocas à la frita.
44:10Et oui,
44:10alors ça c'était bon.
44:12Les cocas à la frita
44:13et puis on avait bien sûr
44:14n'importe aussi l'anisette.
44:16Et là,
44:16s'il y avait quelque chose
44:17qui était terrible,
44:17c'est qu'une fois
44:18qu'on avait mangé en Algérie,
44:19il fallait respecter
44:20les deux heures et demie
44:22et ça c'était le calvaire.
44:25Mais moi l'Algérie
44:26c'est vraiment ça.
44:30Le club familial,
44:33les dimanches
44:35au bord de l'eau
44:37et les dimanches
44:39à la campagne
44:40avec les amis
44:41et la famille.
44:44Si je n'ai jamais retrouvé ça.
44:46On faisait beaucoup
44:47de réunions familiales,
44:48beaucoup de fêtes familiales.
44:50Toutes fêtes
44:51religieuses
44:52étaient occasions
44:54de se réunir
44:55simplement.
44:57C'était
44:59quelque chose d'essentiel,
45:01le fait d'être ensemble,
45:02de se retrouver ensemble.
45:05Tout était occasion
45:06si tu veux
45:06de se retrouver ensemble.
45:09Beaucoup de pique-nique.
45:10Beaucoup de pique-nique.
45:11À la forêt,
45:13des pins,
45:14à la plage,
45:15ah oui,
45:16beaucoup de pique-nique.
45:17Mais la plage
45:18joue un grand rôle
45:18et la forêt.
45:21Le lundi de Pâques,
45:22par exemple,
45:22c'est la mouna.
45:23On va manger la mouna
45:25en famille
45:26dans la forêt.
45:27Et donc,
45:28on partait,
45:29on partait dans les champs,
45:30près d'un ruisseau,
45:31on s'installait,
45:32à l'ombre aussi,
45:33on mettait tout.
45:34Et on faisait
45:35ce fameux pique-nique.
45:36D'ailleurs,
45:37les musulmans
45:38disaient ça,
45:39ils appelaient ce jour-là
45:40« nar al tukuk »,
45:41ça veut dire
45:42le jour de la folie.
45:45Nar,
45:45c'est le jour
45:46et nar al tukuk,
45:47c'est le jour de la folie.
45:48Parce que tout le monde
45:49partait avec la voiture
45:50à cheval
45:51parce qu'on n'avait pas
45:51de voiture.
46:06Ça,
46:07on était bien tenus
46:08avec les parents.
46:10C'était de mauvais temps
46:11de voir les filles
46:12circuler
46:13sans aucune raison.
46:15À partir de 15 ans,
46:1714-15 ans,
46:19il n'est pas trop
46:20de voir sortir.
46:21Et ma mère étant jeune,
46:22elle avait 24 ou 26 ans,
46:24elle passe peut-être
46:26à la place d'Armes,
46:27je ne sais où,
46:27à Oran,
46:27il y avait une terrasse
46:28de café.
46:29Et il y a trois messieurs
46:31qui prenaient un café
46:32ou qui bevaient la lisette,
46:32je ne sais pas,
46:33et qui disent à Hautevoix
46:35en espagnol
46:36« La petite jeune fille
46:37avec la vieille,
46:38je me la ferai bien. »
46:40Et la grand-mère,
46:41elle s'est approchée
46:42pour dire
46:43« Quel est celui
46:43d'entre vous trois
46:44qui s'est permis
46:45de dire ça à ma fille ? »
46:47Quand le gars s'est levé
46:48pour dire « C'est moi »,
46:49elle lui a filé
46:50un grand coup de poing
46:51dans la gueule,
46:51il est tombé,
46:52les deux autres se sont sauvés,
46:53mais aussitôt,
46:54elle avait sorti
46:54de son sac,
46:55le poignard,
46:57le poignard qu'elle avait
46:58en Espagne,
46:58et quand elle l'a fait
46:59comme ça,
47:00le troisième ami
47:00s'est sauvé.
47:02Et ma mère,
47:02morte de rente,
47:03elle dit
47:03« Je ne vais jamais aller
47:04faire des courses
47:05avec ma mère en ville
47:05parce que chaque fois
47:06qu'un homme me regarde,
47:07elle veut le tuer. »
47:07il était très très sévère.
47:09Ce que j'ai toujours reproché,
47:11c'est qu'il ne se conduisait
47:13pas du tout comme ça
47:13avec mes frères.
47:14Mes frères avaient le droit
47:15de tout faire.
47:16Ah là là,
47:17c'était sévère chez nous.
47:18Mes frères,
47:20vous savez,
47:21me faisaient des scènes.
47:22J'ai un frère
47:23qui a deux ans
47:25de moins que moi
47:26qui lui me surveillait.
47:28Et si,
47:28il ne fallait pas que,
47:29par exemple,
47:30un garçon me prenne
47:31par les épaules
47:32ou autres
47:33parce que
47:34c'était un problème.
47:35Quand j'avais des garçons
47:37qui mettaient les yeux
47:38sur moi,
47:39alors là,
47:39ils devenaient féroces
47:40et jaloux.
47:42Non mais,
47:42ils avaient la tête
47:43un peu près du bonnet.
47:44Ah,
47:45la petite sœur,
47:46chez nous,
47:46c'est jusqu'au mariage,
47:48se tenir tranquille
47:49et après,
47:51avoir des enfants,
47:52une maison,
47:52un mari.
47:53Pfff,
47:54très macho.
47:55C'est-à-dire que
47:57c'était compréhensible
47:59qu'est-ce que vous voulez
47:59en vivait,
48:00me mélanger
48:01avec les musulmans
48:02et eux,
48:03ils étaient,
48:05la Fatma à la maison.
48:07Alors,
48:07bon,
48:09ce n'est pas
48:09qu'on faisait
48:10mais il fallait
48:10un petit peu
48:11avoir un peu plus
48:12de rigueur.
48:28De temps en temps,
48:30on se regardait,
48:32l'amour à l'époque,
48:34on le voyait
48:34avec un regard
48:35langoureux,
48:36c'est tout,
48:37aussi bien d'un côté
48:38que de l'autre
48:40parce que...
48:41On ne baisait pas
48:42beaucoup,
48:43attention,
48:46il fallait aller au bordel
48:47pour ça,
48:48rue de la Lire,
48:53on ne baisait pas,
48:54on ne baisait pas beaucoup,
48:56mais on flirtait,
48:58on se plottait,
48:59on faisait plein de petites choses.
49:01Il fallait bien sûr
49:02aller doucement
49:03parce qu'avec les parents,
49:04tu sais,
49:05ils sont méfiants,
49:06ils étaient méfiants.
49:09ils étaient méfiants.
49:10Alors,
49:10l'activité principale
49:12consiste à faire ce qu'on appelle
49:15faire le boulevard.
49:16On allait jusqu'à la rue d'Arzeux
49:19qui était une grande rue
49:20où on avançait avec les copains.
49:22On se retrouvait là-bas,
49:23on marchait sur un trottoir,
49:24on revenait par l'autre
49:25et on faisait ce qu'on appelait,
49:27on faisait la rue d'Arzeux.
49:29C'était se promener,
49:30mais les filles d'un côté
49:30et les garçons de l'autre,
49:31parce qu'on se promenait
49:33les copines ensemble.
49:34Donc on se promenait
49:35et là on voyait,
49:37on se disait bonjour
49:39et tu rigolais
49:40parce que tu te moquais d'un
49:41et tu te moquais d'un.
49:43Ah oui, oui, oui,
49:45il fallait,
49:45c'est plus ce côté un peu macho là,
49:47il fallait se faire valoir,
49:49c'est comme les coques,
49:50se faire valoir.
49:52C'était certainement pas les filles
49:53qui allaient au genre des garçons.
49:54Mais enfin,
49:56il y avait quand même des mimiques
49:57qui faisaient comprendre
49:58que le garçon me plaisait.
50:00Si on allait au bal,
50:01mais il venait avec nous.
50:03C'était une grande salle,
50:04tout autour,
50:05vous aviez des bancs
50:07ou des chaises
50:07et vous aviez les mamans
50:09qui étaient assises là.
50:11Ah oui, les mamans.
50:28J'ai aimé avec passion
50:30cette terre où je suis né.
50:32J'ai puisé tout ce que je suis
50:34et je n'ai jamais séparé
50:35dans mon amitié
50:36aucun des hommes
50:37qui y vivent
50:38de quelque race qu'il soit.
50:40Bien que j'ai connu
50:41et partagé
50:42les misères
50:42qui ne lui manquent pas,
50:44elle est restée pour moi
50:45la terre du bonheur,
50:46de l'énergie
50:47et de la création.
50:48Sous-titrage Société Radio-Canada
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