00:00Il est 7h44 sur RMC et RMC Story. 11 ans, tué pour un leurre de pêche.
00:06Deux drames ce week-end. Théo, 11 ans, je le disais, étranglé à Rennes, puis noyé pour des leurres de
00:12pêche.
00:12Et puis cet ado de 17 ans, poignardé dans un camping de Seine-et-Marne pour un refus d'ajout
00:17sur TikTok.
00:18Bonjour Stéphane Clerget, vous êtes pédopsychiatre, vous êtes l'auteur de Les mots de vos ados.
00:23C'est aux éditions Solar. Vous rencontrez tous les jours dans votre cabinet des jeunes.
00:27Comment est-ce qu'on peut expliquer que pour une telle futilité, ce soit la mort ?
00:33Alors l'explication est sans doute plurielle. Il faudrait connaître ces adolescents parce qu'encore une fois, chaque cas est
00:38particulier.
00:39Mais on assiste en tout cas à une montée de la violence chez une minorité des adolescents.
00:45Encore une fois, la majorité vont bien, régule bien leurs émotions.
00:47Mais une certaine minorité de plus en plus violente, de plus en plus impulsive, réagit de plus en plus dans
00:54l'immédiateté
00:54et supporte de moins en moins les frustrations.
00:57Donc ça peut aller effectivement jusqu'au passage à l'acte mortel.
01:01Au passage à l'acte mortel, dont on sent qu'il n'est pas forcément prévu.
01:05Ce jeune, prenons cette affaire, on n'en connaît pas encore tous les tenants et les aboutissants,
01:10mais il avait 11 ans.
01:11Semble-t-il, il avait rencontré ses bourreaux la veille.
01:15Ils ont prévu une partie de pêche, ils partent avec des leurres.
01:19Les deux autres jeunes se connaissent, 15 ans et 17 ans, une fille et un garçon.
01:23Et en quelques instants, c'est le drame, la bascule, semble-t-il, pour une histoire futile,
01:29de leurres que l'un aurait cru prêter et que l'autre aurait dit voler.
01:34Vous le disiez, il n'y a pas forcément plus de jeunes violents, mais ceux qui le sont, le sont
01:38davantage.
01:39La question de la conscience de la mort que l'on donne, comment est-ce que vous l'analysez, vous
01:45?
01:45Il est certain qu'à cet âge-là, l'anticipation est moindre que chez des criminels adultes, par exemple.
01:51Et la conséquence des actes est moindre aussi.
01:54C'est-à-dire qu'on n'anticipe pas forcément la gravité des actes qu'on va commettre.
01:58On réagit beaucoup à ces âges-là dans l'impulsivité.
02:01Évidemment, il y a des facteurs favorisants.
02:03Le fait d'avoir grandi dans une famille où tout le monde est très impulsif et violent, par exemple.
02:07Le fait d'avoir certains troubles psychiatriques qui font qu'on a du mal à se réguler,
02:13mais aussi une éducation où on ne nous met jamais de limites et où on a un sentiment de toute
02:19puissance sans conséquence de nos actes.
02:21C'est une question de rapport à l'éducation et à l'autorité ?
02:24Il y a sans doute plusieurs facteurs.
02:25Oui, bien sûr que les facteurs éducatifs jouent un rôle.
02:28La violence sociétale, dont les ados sont les premières victimes et qui sont contaminés par ça, joue un autre rôle.
02:34Les troubles psychiatriques.
02:35Et puis, évidemment, on se pose des questions sur l'impact des contenus violents
02:39auxquels les adolescents n'ont jamais été autant exposés.
02:44Pornographie violente, images violentes.
02:47Il n'y a pas eu vraiment d'études qui permettent de l'affirer.
02:49Une sorte de banalisation du mal ?
02:50Tout à fait.
02:50Une banalisation de la violence, ça c'est certain.
02:53Et sur les réseaux, elle apparaît également.
02:56Alors on ne voit pas toujours de la violence sur les réseaux.
02:57Mais quand on s'intéresse à la violence et qu'on va sur les réseaux,
03:00les logiciels ne vont nous soumettre que de la violence sur les réseaux.
03:03On parle beaucoup aujourd'hui de la question de l'égalité garçon-fille.
03:07Mais là, il y a une inégalité très importante, puisque 93%, et ce sont les chiffres du ministère de l
03:13'Intérieur,
03:1393% des auteurs, notamment d'homicide ou de tentatives d'homicide, sont des garçons.
03:20Il serait bien qu'on se penche un peu sur cette question, parce que ça remet en question l'éducation
03:24des garçons.
03:24On n'éduque pas les garçons et les filles de la même manière, manifestement.
03:29Encore aujourd'hui ?
03:29Encore aujourd'hui, la preuve, les chiffres sont là.
03:31Et vous allez dans les prisons, ce sont essentiellement des garçons.
03:33Ça ne veut pas dire que la délinquance des filles n'augmente pas, elle augmente.
03:36Il se trouve qu'elle est beaucoup plus verbale que physique.
03:40Donc ce simple fait-là devrait nous pencher sur comment est-ce qu'on éduque nos garçons ?
03:45Est-ce qu'on leur apprend bien à contrôler leur frustration ?
03:50Et puis quelle image leur donne-t-on de la virilité ?
03:52Qu'est-ce qu'être un homme ?
03:53Est-ce que c'est être un homme qui est violent, que de ne pas respecter les règles ?
03:57On a parlé régulièrement aussi de la question des réseaux sociaux.
04:00Et j'étais très frappée par une analyse que l'on peut quasiment faire chacun.
04:05Quand un ado aujourd'hui s'inscrit, par exemple sur TikTok,
04:08en quelques clics dans les tout premiers contenus qui lui sont proposés,
04:12si c'est un garçon, il va avoir du contenu viriliste.
04:14Si c'est une fille, ce sera plutôt justement anti-garçon.
04:20Ce retour d'une sorte de virilisme exacerbé, de masculinisme comme on dit,
04:26c'est aussi un problème aujourd'hui ?
04:28Oui, ça l'est bien sûr.
04:29Ça fait partie des facteurs favorisants sur la façon dont on se perçoit,
04:34la façon dont l'adolescent pense qu'il doit se contenir et se comporter.
04:41Ça a un impact tout ça.
04:43Donc oui, le contenu des réseaux sociaux aussi peut être préjudiciable.
04:46Stéphane Clerget, je le rappelle, vous êtes pédopsychiatre et vous avez écrit les mots de vos ados.
04:50Est-ce qu'il y a des signes ? Est-ce que ceux qui nous écoutent doivent être attentifs à
04:54quelques signaux, à quelques signes ?
04:56Comment anticiper pour justement mieux éduquer ?
04:59Beaucoup de parents sont sensibles et perçoivent dès la petite enfance des comportements violents,
05:05des intolérances à la frustration et viennent demander de l'aide par rapport à ça.
05:09Parce que les choses doivent se prendre en charge très précocement.
05:13Et à l'adolescence aussi, il y a des adolescents qui commencent à être violents avec leurs petits frères et
05:17soeurs,
05:18violents aussi avec leurs parents.
05:20Et ces parents doivent pouvoir demander de l'aide pour que...
05:23Parce que seul avec un ado ou deux ados, c'est difficile.
05:26On ne doit pas accepter que ces colères, que ces axes de violences, axes de violences se développent ?
05:33Oui, on doit prendre ça comme un symptôme dangereux.
05:35Et on doit tout faire pour aider l'adolescent à réguler, à exprimer verbalement les choses.
05:41Parce qu'on assiste à une baisse aussi du niveau de langage des ados.
05:44Depuis une quarantaine d'années, ils expriment moins leurs émotions verbalement.
05:47Ce qui favoriserait aussi sans doute les passages à l'acte physique.
05:50Merci. Merci beaucoup pour votre analyse ce matin.
05:53Stéphane Clerget, je rappelle le titre de votre livre,
05:56Les mots de vos ados, c'est aux éditions Solar.
05:58Merci à vous.
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